LIVRE Xn. S6S
On appela d*abord les prisonniers que Ton n*estimait pas utile de sacrifier ; on les fit comparaître devant une espèce de commission presque entièrement composée d'oflSciers municipaux. La Force étant très -rapprochée de l*Hôtel de Ville, les membres de la commune y marquèrent beaucoup plus leur action qu'à l'Abbaye. On y vit successivement apparaître, revêtus de l'écharpe municipale et y donner des ordres, Monneuse,Dangé, Michonis, James, Marino, Lesguillon, Hébert, Lhuillier, Rossignol, Tnichon, Duval-Destain.
Les prisonniers à épargner furent mis en dépôt dans la petite église Sainte-Catherine-de-la-Couture ; on leur fit prendre l'obligation de s'enrôler et de partir le jour même pour l'armée. Ainsi ceux que leur incivisme prétendu avait rendus suspects, allaient combattre à la frontière, et ceux qui les accusaient de pactiser avec l'étranger, restaient à Paris , se contentant d'égorger des malheureux sans défense et de recevoir le salaire de leurs forfaits. C'était moins dangereux et plus lucratif.
Ces préparatifs achevés, on procéda à l'installation du tribunal qui devait être censé exercer la justice du peuple.
Le tribunal de la Force ne fut pas, comme celui de l'Abbaye, présidé pendant tout le massacre par un seul et même individu; Hébert, Monneuse, Rossignol, un individu boiteux, du nom de Chépy, peut-être plusieurs autres encore, occupèrent successivement le fauteuil.
Ce fut encore parmi les scribes du ruisseau que l'on alla chercher le misérable qui consentit à faire l'office de ministère public. Un ancien huissier au Châtelet, nommé
Chantrot^ lisait à haute voix les écrous et foîsait comparaître devant les juges improvisés les malheureux prisonniers^.
 la Force se trouvaient Rulhières, ex-commandant de la garde à cheval de Paris, et Baudin de La Ghesnaye, ud des chefs de légion de la garde nationale parisienne^ a»lui-là même qui avait commandé, le 10 août, aux Tuileries, après le départ et Tassassinat de Mandat.
 deux heures du matin la porte de la chambre où étaient ces deux prisonniers s'ouvre avec fracas ; six hommes à piques se présentent et demandent M. de Rulhières. Celuici, qui était couché, se lève sur son séant et répond à cet appel.
Un oflicier municipal prend la parole, et élevant la voix (lo manière à être entendu des hommes armés nui raccompagnent et dont les guichetiers peuvent à peine contenir Timpatiente fureur :
« Vous êtes accHisé, M. de Rulhières, d'être un des conspira t(Hirs du 10 août; je viens vous dire de
1. Vuir à la fin ilu volume le résumé du président du tribuoal criminel, ii la fin du procès des septembriseurs. Nous avons également corïsullé (Lms cette procédure les dépositions des sietirs Desprtfi Bailly et Bertrand, gardiens de la l'orce, du sieur HicheloL, greffier de la même j)rison. Dans son intt»rrogatoire, Chantrot fut obligé de reconnaître qu'il avait lu les écrous à haute voix, et Monneuse qu'il était resté à la Force, depuis le 3 vers deux heures de raprès-midi jusq«'«» 6, époqueoù ûnitcequ'ilappelle lui-même «reiameD despriso&oiert.'