‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 126 sur 262 · LIVRE XII. J · texte numérisé non relu

LIVRE XII. J

reœmmaDder votre âme à Dieu, car le peuple demande votre tête. Je suis fâché d'être chargé d'une semblable mission, mais mon devoir m'y oblige. »

Rulhières répond avec calme : « Il y a déjà longtemps que je m'attendais au sort que vous m'annoncez ; j'aurais seulement cru qu'on m'aurait interrogé. )> L'officier municipal s'approche de la porte, rappelle à ceux qui l'accompagnent qu'ils lui ont promis d'obéir à la loi : « Voulez- vous permettre, mes camarades, que M. de Rulhières se rende au greffe pour être interrogé? — « Oui! oui! s'écrient-ils, qu'il vienne, mais qutl se dépêche ! »

Rulhières se laisse emmener ; il est livré à ses bourreaux, qui s'amusent à le frapper de coups de plat de sabre, à le larder de coups d'épée, mais sans lui faire aucune blessure mortelle. Ce n'est qu'après un supplice d'une demi-heure que ce malheureux officier exhale son dernier soupir.

Peu après on vient chercher Baudin de LaChesnaye; on lui fait subir une espèce d'interrogatoire qui se termine vite par la sentence ordinaire : « A l'Abbaye ! »

En franchissant le seuil de la prison, La Chesnaye, à Id vue des cadavres qui obstruent l'entrée, pousse un cri d'horreur, se voile le visage de ses deux mains et tombe dans une mare de sang et de boue.

A ces meurtres en succèdent plusieurs centaines d'autres qu'il serait trop long de raconter en détail. La petite rue des Ballets, où travaillaient les égorgeurs, était dans toute sa longueur bordée de trois rangées d'hommes, de femmes et même d'enfants qui assistaient aux mas-

sacres comme k un spectacle. La chaussée était eiH combrée de cadavres. On les empilait les uns sur Ifô autres; bientôt le ruisseau n'eut plus d'écoulement. Une horrible flaque d'eau et de sang \inl, comme une marée montante, baiirner les nmrs des deux côtés de la rue. Ouelquefois de malheui^eux blessés parvenaient à s'échapper des mains de leurs bourreaux ; plusieurs purent atteindre la rue Saint-Antoine; mais là ils trouvaient d'autres assassins qui leur barraient le passage et les achevaient. Pendant ce temps, des patrouilles fournies i^r les sections des environs, circulaient aux abords de la Force; mais lorsque quelques citoyens plus courageux que les autres demandaient aux commandants de faire cesser ces horreurs , ceux-ci répondaient: — Nous n'avons pas d'ordres ; — et ils se retiraient sans plus prolester*.

Les portes de la Force (Haient soigneusement gardées comme celles d'une ville forte. Ne pouvaient y pénétrer que ctnix (]ui iivaient des intelligences dans la place.

Avant de faire conq)araîlre les prisonniers devant le tribunal, on leur enlevait tous les objets de quelque valeur dont ils étaient porteurs; on déposait ces objets dans le (abinet du concierge de la prison, oii l'olTicier municipal .Monneuse avait mis une sentinelle-.

1. Tous ces détails sont puisés dans les pièces du procès criminel do l'an IV, cl spécialement dans les dossiers Vallée, C^val et Mon-' neuse. La même réponse a nous n'avons pas d'ordre, » fut faite pa^ le eommandanl du bataillon des (Juatre-Nations, à l'occasion des maf^ ^aer(»s de rAl>l>ii\e.

i. Nous av(uis retrouvé le cerlifical qui fut délivré par Monncu>c ^

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