‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 127 sur 262 · LIVRE XIÎ. i · texte numérisé non relu

LIVRE XIÎ. i

Mais laissons parler un témoin oculaire , un acteur de ces scènes sanglantes , Taccusateur public du prétendu tribunal populaire, Cbantrot :

« Je vis entrer un beau grand jeune homme bien couvert, auquel on ordonna d'ôter tout ce qu'il avait sur lui et de le déposer sur la table, ce qu'il fit sur-le-champ. On lui fit ôter ensuite son habit, puis Ton dit : « Allons, « c'est bon pour l'Abbaye! » Aussitôt deux individus, les manches retroussées, pénétrèrent dans le greffe, saisirent ce jeune homme, le conduisirent à la porte de la prison et rentrèrent presque aussitôt en disant : « Cela est fait^. »

On voit, par ce seul exemple, combien les jugements étaient expéditifs. Cependant certains prisonniers purent être sauvés, notamment Weber, que Ton ignorait être le frère de lait de la reine Marie-Antoinette, Lorimier deChamilly, valet de chambre de Louis XVI, Bertrand de Mol-

René Jolly, qu'il avait préposé spécialement à la garde des effets des prisonniers. Nous conservons l'orthographe de rolBcier municipal :

« Je certifie que j'ai mis en factions le citoyen Joly, pour garder les dépouilles des malheureux du mois de septembre 1792. Je n'ai aucune connaissance qu'il se soit mal comporté, en foi de coi je lui ai délivré le présent certificat.

« MoxxEUSE, membre du conseille générallo de la commune

et commissaire à la Force. »

Voir le dossier René Joly, dans les pièces du dossier criminel do Tan IV. Joly y est qualifié de ci-devant gendarme et de lieutenant de l*arniée révolutionnaire. M. Granier de Cassagnac range Joly parmi ^^ municipaux. C'est une erreur évidente prouvée par le certificat ci-dessus.

^- Nous copions textuellement l'interrogaloiro de Chantrot dans le ^^er criminel de Tan iv.

nu HISTOIRE DE LA TERREUR.

ieville, frère de raneien ministre. Mais ces acquittements portaient sur des individus qui par eux-inémes n'avaient [>as joué de nMe politique. Ils furent dus à TinterventioD de plusieurs honnêtes citoyens, qui n^avaient pas craint de se glisser jusque dans le greffe de la prison, afin de sauver cjuelques viclimes en profitant des moindres incidents de leur interrogatoire, de leur attitude personnelle ou de l'incertitude des é^orgeurs.

D'ailleurs, ne fallait-il pas faire croire à Timpartialité de la justice populaire en ëpargtiant un petit nombre de prisonniers?

Ce fut le lundi matin, vers dix heures, que comparut devant Taffreux tribunal la charmante et malheureuse madame de Lamballe . Louise de Savoie-Carignan. Hébert, dit-<jn, présidait en ce moment. A peine prend-fl la peine d'interroger l'infortunée princesse sur ses noms et qualiti's, et de lui demander de jurer dévouement à la liberté, à l'égalité, haine au roi, à la reine, à la royauté.

La princesse répond : « Je pn'terai facilement le premier serrm^nt, je ne puis prêter le second..., il n'estpas dans mon cœur. » Quelqu'un lui dit tout bas... : « Jurez donc; si vous ne jurez pas, vous êtes morte. » La princesse ne ré[)on(l lien et se dirige vers le guichet. A peine a-t-elle fianchi le seuil de la porte qu'elle reçoit derrière la tête un coup de sabre; son sang jaillit. Elle fait encore quelques [)as , deu\ hommes la soutiennent sous les bras; mais bientôt elle tombe au milieu de la rue, on rachève à cou[)s de pique, on la dépouille de tous ses vêtements; des forcenés, poussés par une horrible

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