‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 137 sur 262 · LIVRE XI r · texte numérisé non relu

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triomphe et poursuivis par les cris d'enthousiasme de la populace en délire.

Quelques heures après, Journiac Saint-Méard, à force de courage, d'adresse et de présence d'esprit, sauvait sa tète et était, lui aussi, ramené dans son domicile par trois braves ouvriers qui s'étaient fourvoyés dans ce repaire d'assassins , peut-être avec l'espoir de sauver quelques victimes.

Les sicaires du comité de surveillance égorgeaient les prisonniers de la Conciergerie dans la grande cour du palais, au pied même du grand escalier^. Les bourreaux osèrent le franchir et violer le sanctuaiœ où depuis plus de cinq siècles la justice est rendue dans la capitale de la France.

rbéroïque dévouement de sa fille. Traduit, moins de deux ans après, devant le tribunal révolutionnaire, le tt prairial an ii (10 juin 4793), il fut condamné à mort et exécuté le même jour. La fille du vieil officier n'était plus aux côtés de son père pour attendrir les bourreaux qui siégeaient à la grande salle du Palais de Justice et qui étaient encore plus impitoyables que les acolytes de Maillard. M'^« de Sombrcuil épousa M. de Vitlelume, qui fut longtemps gouverneur de la succursale des Invalides à Avignon ; elle mourut dans cette ville. Lorsque cette succursale fut supprimée, le cœur de M""* de Villelume, qui avait été déposé dans la chapelle de l'établissement, fut rapporté à Paris dios l^bôtel des Invalides par les braves qui en avaient la garde. Ce cœur qui avait battu si fortement le 2 septembre 1792, ce cœur qui, par un effort héroïque, ne s'était pas soulevé à la vue de l'affreux breuvage, est conservé précieusement dans cet asile du courage.

I. Voir les Révolutions de Paris, numéro du 8 septembre 1792«

Le tribunal du 17 août était occupé à instruire le {imccs de Bachman, major du régiment des gardes suisses. Les débats avaient été longs et animés; le prévenu protestait à chaque instant contre la compétence du tribunal, « qui ne pouvait, disait-iijuger des militaires protégés par des capitulations internationales^. » Au moment où Taudience tirait à sa fin, une bande armée de sabres et de piques envahit la salle et demande qu'on lui livre Faccusé. Les juges pâlissent sur leur siège; Bachman se contente de jeter un regard de mépris sur les assassins. Le président du tribunal, Mathieu, les supplie de ne pas disputer le prévenu au bourreau officiel. Comptant sur cette promesse ils se retirent, et quelques heures après, Taccusé, déclaré coupable de trahison envers la nation française, était guillotiné en face du palais des Tuileries qu'il avait juré de défendre, et dont il n'avait pas dé^ pendu de lui, le 10 août, de prévenir l'abandon ^.

Les assassins qui n'avaient pu l'égorger de leurs propres mains se vengèrent quelques instants après en massacrant au pied de l'escalier du palais les autres ofli-

4. Nous consacrons à la un de ce volume une note détaillée au procès Bachman et nous reproduisons le déclinatoire qu'il proposa en son nom et au nom de tous ses camarades.

%. A l'occasion de la mort de Bachman, M. Michelet a bien rai«» de s'écrier : « Rien, dans ces jours effroyables, ne fut plus hideux qœ ce rapprochement, ce mélange de la justice régulière et de la justice sommaire, ce spectacle do voir les juges, tremblants sur leurs siégea, continuer au tribunal des formalités inutiles, presser un vain simttlacre de procès, lorsque l'accusé ne gardait nulle chance que d*ètre massacré le jour ou guillotiné le lendemain. » {Histoire de laBévolwa'ow.t.lV,p.1o5.)

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ciers suisses t\m se Ut)uvaieDt à la CdttCi(9^gisHe , attendanl leur jugement. Le procès de Bachmàti avait obligé le tribunal à exattiiner des questions de coftipélenciB assez délicates; le ministre delà justice, auquel il avait fallu soumettre les dilHcultés, car elles pouvaient se représenter, les trancha à sa manière : par le massacre.

La Conciergerie renfermait un grand nombre de femmes: elles furent toutes relâchées, à l'exception d'une seule, qui s'appelait Marie Gredeler, bouquetière au Palaié-Royal , et dont le crime avait acquis une certaine célébrilc. Dans un accès de jalousie elle avait mutilé son amant, garde française; et, par jugement du tribunal criminel, elle avait été condamnée à être pendue devant la porte de la caserne de la rue Verte. La sentence, cassée pour vice de forme, avait été confirmée, mais, nous ne savons par quelles circonstances, n'avait pas encore reçu son exécution.

Les assassins commirent sur cette malheureuse femme leâ plus horribles cruautés^. Parmi eux se trouvaient probablement d'anciens gardes fratiçaises, car ceux dé ces gardes qui n'avaient pas voulu reprendre du service

4 . On peut lire les détails de la mort do cotte malheureuse dans T Histoire de la Révolution française, par M. Michelot, t. IV, p. 471. Voir aussi Prud'homme, Révolutions de Paris, n°du 8 soptembro 4 792.

II ne nous est pas possible de relever une à une les erreur^ dans lesquelles est tombé M. Louis Blanc, dans son Histoire de la ItévohUiaii française, mais nous sommes obligés de faire remarquer ici rinâislanco avec laquelle il nie la mort do la bouquetière et Tinjustiee qo*îl commet envers M. Michelet en lui reprochant, à diverses reprises, d'avoir ajouté foi à une pareille fable. (Voir les pages 484, S07 eC t09, t. Vil.) S*il n'a pu, comme nous, manier le registre

s^étaient fait incorporer dans les compagnies soldées par la commune et vivaient dans les bouges de la capitale, façonnant leurs compagnons de débauche aux horreurs impitoyables qui accompagnent d'ordinaire le sac d'une ville ennemie.

Lorsque les commissaires de la municipalité avaient paru à la barre de l'Assemblée dans la nuit du 2 au â septembre, ils avaient annoncé « que les prisonniers de Bicétre s'étaient révoltés et que Ton avait été obligé de marcher contre eux avec sept pièces de canons. » On était venu également annoncer au conseil général de la Commune, au commencement de la séance du 3 au matin,

déposé à rilôtel do Villo, contenant la liste des individus massacrés à la Conciergerie, cl dans lequel il aurait pu lire : a Toutes les femmes ont été mises en liberté; la bouquetière seule a péri. Signé, Richard j conricr<;e, et I.e tel lier, commissaire, » il avait au moins à sa disposition non-seuh mont le numéro du 8 septembre de Prud'homme, mais encore le n*» 5 du liaUelin du triùmml révoltUio»naire, si souvent cité par lui-môme, et dans lequel on lit : « Parmi les premiers immolés par la justice du peuple à la Conciergerie, «e

trouvaient: Marie-Magdelai ne-Joseph Gredelcr, femme Baptiste,

âgée de 32 ans, bouquetière, ci-devant condamnée à mort par les <" et 2* tribunaux d'arrondissement. » Cette mention clôt la liste donnée par le rédacteur du Bulletin, elle est suivie d'une phrase banale qui, dans la circonstance, devient horrible : Lai suite au prochain n»méro. Qu'un historien qui a ou de pareils documents sous les yeux les repousse et reproche môme à un de ses devuncierd dV avoir cm un instant, c'est ce qui ne peut ni se comprendre ni se jusUâer,

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