‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 138 sur 262 · LIVRE XII. S · texte numérisé non relu

LIVRE XII. S

« que le bruit se répandait que les prisonniers de Bicétre s'étaient munis d'armes à feu , qu'ils se défendaient contre ceux qui voulaient pénétrer dans la prison. »

Le nom seul de Bicôtre avait pour toute la population parisienne une signification des plus sinistres : Timagination des masses se représentait ce triste lieu comme renfermant plusieurs milliers de scélérats prêts à porter partout le fer et la flamme*. Aucune nouvelle n'était donc plus propre à jeter l'épouvante dans la capitale; mais aucune n'était plus fausse. Il n'y avait pas eu la moindre révolte, pas la moindre tentative d'évasion.

Les détachements des sections armées qui se rendirent à Bicêtre dans l'après-midi du 3 septembre ne pénétrèrent pas dans les cours de la prison. Ils se contentèrent d'occuper les postes extérieurs et de garder toutes les issues; le reste ne les regardait pas. Une bande d'assassins, conduite, dit-on, par un membre de la commune, envahit seule le greffe, força les employés à apporter les registres d'écrou et à leur amener les prisonniers à mesure qu'ils étaient désignés. Comme à la

Force, on annonçait ainsi les sentences de mort : Con-

duisez le citoyen à V Abbaye.

Mais laissons parler un témoin oculaire^ : « On savait

1 . Bicétre, dans sa vaste enceinte, compronait un hospice et une prison. L'hospice était, comme il est encore aujourd'hui, un asile pour ces vieillards, appelés bons pauvres. La prison, aujourd'hui détruite, élait destinée aux malfaiteurs, aux mendiants et aux vagabonds. Elle renfermait le 3 septembre 411 individus.

f . Le récit de ce témoin oculaire se trouve in extenso dans Touvrage de Barthélémy Maurice, ïscs prisons de la Seine.

9^ HISTOIRE DE Ik TERREUR.

ce quQ cela voulait dire. Deux homqies prenaient pr Iç ))ras le malheureux et Tentraînaient hors ^u greffe à travers |es assommeurs, rangés sur deux iiles ; quand il avait fait quelques pas, les plus à portée le piquaieqt dans le dos ; on le lâchait, il tombait de droite ou de gauche, on le tirait avec des crochets, puis on rassommait à coups de bûche, de crosse de fusil, on le lardait de coups de pique Cétait quelquefois bien long »

La boucherie dura toute la seconde partie de la journée du lundi. Le soir venu, les bourreaux s'arrêtèrent; puis, s'étant reposés, ils reprirent paisiblement leur besogne le lendemain k, et la terminèrent vers les trois heures de Taprès-midi, sans avoir été le moins du moadfi inquiétés.

Parmi les prisonniers de Bicétre, il y avait des jeunes gens, on pourrait dire des enfants placés en correctioq par leurs parents ou leurs maîtres. Presque tous ces enfants furent assommés. Le sang enivre comme le via, plus que le vin sans doute. Il fit perdre aux assassins cehii dos sentiments humains qui subsiste peut-être le plus lon^lemps dans le cœur de Thomme : la pitié pour renfance.

Le témoin oculaire que nous avons cité plus haut, et qui était alors employé h Bicotre, ajoute, dans sa tourhanto naïveté : « I^s assommeurs nous le disaient, et nous Tavons pu voir par nous-mcmes, les pauvres enfants étaient bien plus difficiles à achever que les hommes faits : vous comprenez, h cet âge, la vie tient si bien * ! »

I . Nous nous abstenons do donner les états mortuaires des victûnef

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