LIVRE XIII
les détenus par la porte du Grillon ; soit mauvais vouloir, soit crainte ou lenteur du geôlier, cet ordre n'est pas exécuté, la porte du Grillon est elle-même assaillie par une nouvelle bande de misérables armés de haches et de leviers. Vitet y court et réussit à empêcher l'invasion ; mais à l'extrémité opposée, du côté du quai, les émeutiers ont profité de l'absence du maire pour forcer la principale entrée. Ils montent vers le fort, se précipitent dans la chauïbre où se trouvent rassemblés les huit détenus, les saisissent et les font descendre par Tescalier qui conduit au quai de Saône. Cependant, plusieurs officiers municipaux parviennent jusqu'aux prisonniers, les entourent de leurs bras, les couvrent de leurs écharpes; l'escalier a été franchi sans encombre; mais au moment où la tête de l'escorte arrive sur le quai, l'un des officiers écarte tout à coup ceux qui l'entourent, se précipite dans la rivière, et, en plongeant, se dérobe aux coups de fusil dont il est poursuivi.
Ijà rage des émeuliers se tourne alors contre les autres prisonniers. Un assassin brûle la cervelle au lieutenant Achard; cinq de ses camarades sont massacrés dans les bras des municiiaux qui cherchent à les défendre au péril de leur vie. Un seul , le lieutenant Vinol, grâce à Pressavin, le substitut du procureur syndic de la commune, aidé de (luelques gardes nationaux, peut arriver jusqu'à la place des Terreaux. Quelques^pas encore, et il va atteindre les marches qui conduisent au grand vestibule de THôtel de Ville; s'il parvient à ce lieu de refuge, il est sauvé. Mais un autre groupe d'assassins, profitant de l'obscurité qui commençait à se répandre (il
était sept heures et demie du soir), se tenait embusqué dans une des rues étroites du voisinage. Tout à coup il débouche sur la place, envahit l'escalier et ferme le passage à Vinol et à ses libérateurs. Aux cris de Pressavin, le courageux maire Vitet. revenu à son poste, accourt avec les gardt*s nationaux de service, fend la foule, se fi^io un |>assage juspfau malheureux prisonnier; il n'arrive que pour le voir frapper au cœur par le chef de la bande.
Apri's avoir promené dans les rues de Lyon les létes de leurs sept victimes, les assassins, la plupart étrangers à la ville, se dirip:enl vers la prison Saint-Joseph, où ils égorprent un prêtre, Tabbé Lacroix, ancien vicaire de Saint-Nizier. Ce nouveau meurtre commis , ils vont à la prison de Roanne achever leur œuvre exécrable; deux autres prêtres sont victimes de leur rage. Déjà Saint- Charles et ses princi|^ux auxiliaires, installés au greffe, sont occu[)és à faiiv, sur le livre dWrou, le relevé des viclimes qui doivent être immolées. Heureusement, survienl la garde nali'jnale, sous la conduite du maire; les assassins fuient, (juehpies-uns sont arrêtés; mais, le lendemain, Chalier. membre de la commune et chef de la démagogie lyonnaise, abuse du pouvoir que lui donne son échar|>e munici[>ale |)0ur faire échap|)er ses amis les égor:;:eurs. 11 avait besoin d'assurer leur impunité pour dominer par la terreur la malheureuse cit?, qu'il devait remplir de ses fuieurset que ses complices, devenus ses vengeurs, devaient inonder de sang*.
I. Les m ?s;icros de Lyon ont été ra'ontt*»s, mais Irè^-briève-