‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 163 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

Le lOaoùtavailachevélaruineduparliconslilulionnel. Les démagogues profitèrent de leur victoire pour inscrire sur leurs listes de proscription tous ceux qui avaient fait la gloire de ce parti dans rAsseniblée constituante. Clermonl -Tonnerre avait cH? assassiné dans les rues de Paris peu d'heures après renvahissement des Tuileries. I^ 13. UD décret d'accusation avait été rendu contre Barnave; quelques jours plus tard, des mandats d'arrêt furent lancés par le comité de surveillance contre le duc de La Bochefoucauld et Adrien Duport.

détails, dans le Moniteur, n° 260, dans les Révolutions de Paris, n* 466, pa go 496, et dans V Histoire des Crimes de la Révolution, par Prudhomme, tome III, p. 299.

Les détails aulhentiquos que nous donnons sont tirés : l" du procèsverlwl dressé le jour même du massacre, 9 septembre t792, par le Bfâireetles officiers municipaux de Lyon ; 2°du compte rendu envoyé, te t< septembre, au ministre de l'intérieur, par les trois corps constitués séants à Lyon (municipalité, district et dCi^artemenî); 3" de la lettre adressée au même ministre pir le commissaire du pouvoir exécutif Bon nomant, en date également du H septembre. Nous avons également retrouvé : 1" le mpport qui fui fait au général Montesquieu |nrlo capiUiine du Hallay, du IS*" dnigons, pour l'instruire du meurtre du lieutenant -colonel Spendler, meurtre qui n'a été mentionné ^s aucun document de répoqu"*; 2*> un mémoire adressé le 7 septembre par les huit officiers du régiment de Royal-Polugne au président de l'Assemblée législative. Ce mémoire est signé Charles de Menou, ci-devant colonel ; J.-A. Deforges, ci-devant capitaine; De£perrières, ci-devant lieutenant-colonel; Fortmanoir, ci-devant capitaine; Vinol, sou'-licutenant, officier de mérite; Gavol, sous-lieute-

L'anc ien président du département de Paris était aux eaii\ (le Forges. Des commissaires du pouvoir exécutif, ivvélus de |)leins pouvoirs pour le salut de ta pairie, l^arain et Corchand, un commissaire de la commune, Bouiïart, vinrent s'abattre en même temps dans cette |)etile ville, se disputant Thonneur de procéder à l'arrestation de celui que sa courageuse conduite au 20 juin désignait spécialement aux vengeances des dictateurs de rHôtel de Ville*.

nant, citoyen aclif; Viney, capitaine; Achard, ci-devant lieutenaot.

L'Assemblée légi>Iative ren\oya ce mémoire au ministre de la justice, Danton, qui déclara que « >\\ n'y avait pas lieu à accusa lion contre luix, il y aunùt une injustice révoltante à les retenir plus longtemps (i.ms les fers. « I^ lettre de Danton e>t du 3 octobre I79Î: il v avait trois semaines que les malheureux oflxiers avaient éîé égorgés!

Nous terminerons ce lamentable récit par une lettre do Vilelà Senan, ministre delà guerre; elle i>einl admirablement toute l'amertu:ne, dont était rempli le cœur du courageux magistrat en voyant l'inutilité de ses elforl-i jK)ur arrêter dans sa ville natale le flot montant de la déma.uogie; elle est datée du 10 septembre, du lendemain même des massacres :

« I^ journée d'hier a été la plus affreuse que Lyon ait jamais vu. Les huitoflîciers délenus à Pierre-En<*ise uni été impitoyablement massacrés par dt»s scélérats que nos ennemis divlarés avtient excités à tout entreprendre, malgré la pn^senoe des officiers municiiwiux qui ont mille fois exposé leur \ie pour 1» s sauver : plaignez notre situation, elle est horrible, nous n'avons plus de recours qu'aux bons et braves citoyens |K)ur emjxVher le pillage et tous les crimes qu'il entraîne.

^ Agréez les assurances de la plus intime fraternité,

a ViTET, maire. »

1. Nous avons retrouvé la commission dont étaient porteurs les agents du pouvoir exécutif Parain et Corchand, ainsi que celle de

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I^s émissaires du parli démagogique trouvent le duc au milieu de sa famille. Aucune résistance ne leur est opposée. Bouiïart se charge d'emmener sous bonne escorte le prisonnier à Paris. Parain et Corchand vont

Bouiïart, l'homme de la comnune insurrocrionnelle. Voici le texte de ces deux pièces :

« Au nom de la nation, le conseil exécutif provisoire, en vertu de la loi du 28 août, a commis et commet les citoyens Pierre-Multhiou Parain et André Corchand, à l'eflet de faire auprès des municipalités, districts et département-, telle réquisili »n qu'ils jugeront nécessjire pour le salut de la patrie et l'exécution dudit décret.

« En foi de quoi nous a\oiis signé les présentes, auxquelles nous avons fait apposer le sceau de l'État.

0 Par le conseil, a Servan, Roland, Dantox, Lkbrun, Clamère, MoNGB, Grouvelle, Secrétaire. »

« A Par», le 29* jour du mois d'août 179'i, Pan iv de la Liberté.

a Nous autorisons M. Jean-B.iptiste Boufîurt, citoyen, à arrêter, parloat où il sera trouvé, M. la Rochefoucauld, ci-de\ant président du département de Paris; nous prions les commandants du peuple armé et le peuple armé de prêter main- forte pour l'exécution de cet ordre.

« Fait à la mairie, le Mi août n92, l'an iv de la Liberté et le r' de

Itgalité.

« Les administrateurs nu département de police

et de surveillance municipale,

« Paris, Duchesne.

t Vu par nous, au comité de surveillance de l'Assemblée njlionale, pour être exécuté partout où se trouvera M. la Rochefoucauld.

t Fait au comité de surveillance, à l'Assemblée nationale, à Paris, ïe 16 août n9». Fan iv de la Liberté.

«Merlin, Lëgointre, G. Bazire, secrélaiie du comité de surveillance. »

Nous avons enûa retrouvé à la Cour des comptes la preuve que les

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ailleurs sauver la pairie. Le eooimissaire de la coniniuoe déclare cjuil a ordre de ne pas suivre la roule direcle, ujais d aller ap|X)ser les sc*ellés au château de La Roche- Gu\on, résidence habituelle du duc de La Rochefoucauld. Le VON âge s>neclue à petites journées, il faut bien donner aux agents njaralistes le temps d*e\citer les esprits et de prépivr les embuscades. On était parti de Forges le 2 septen)bre ; on arrive le 3 à Gournay, et le ft, dans l'aprèsniidi, il Gisors. La ville est pleine de fédéi'és; la municipalité, craignant pour la sùrelé du prisonnier, ordonne que la voilure (|ui Ta amené avec sa mère, la duchesse d'An ville, âgée de quatre-vingts ans, sa femme et M'"* d'Astorg , sera escortée par douze gendarmes, tant de Gournay que de Paris, par un détachement de gardes nationaux, et [)ar elle-mcme, en corps, jusqu'aux dernières maisons de la ville.

M""* de La Rochefoucauld et d^Vstorg étaient dans la voituie, le duc était à pied ; Bouiïart lui donnait le bras, les ollit iiïs munici|»aux Tentouraient. Tout à coup, une lrou|)0 armée de sabres et de bâtons se précipite sur le malheureux prisonnier; il est renversé d'un coup de •

(.iicUil''urs de rilùt •! de Vil'c avaient fait accomjwgner Bouffart d'cigenls ?ii! alternes peur lui prêlor main-forle, et ne s'étaient pa^rcporés 2iur les autorités locales du soin d'arrêter le vénérable président du dépaileinont de Paris. Les comptes de M. do Villeneuve, trésorier de la Niile de Pari<, corn; renncnt pour l\.nnée I79i rarticle suivant:

" Audit de Villeneuve, pour remboursement de 45 livres payéesauxdi!s si. urs Benoist, Pelser, Lcureuil, Cornet, Lauerjeat et Legranfl, pour fiais de voxage aux eaux de Forj^es, où ils ont arrêté M. delà Uociiefuucauld. Mandement du domaine, I& septembre; visé du niairet i:» dudit 451iv. »

pierre à la tempe, puis, frappé à coups redoublés, il expire dans les bras de ceux qui ont été chargés de le défendre. Les malheureuses femmes entendent les hurlements des assassins, les prières et les supplications des officiers municipaux ; elles veulent se précipiter au secours de leur fils , de leur époux , on les en empoche ; la voiture, attelée de six chevaux, les emporte loin de ce spectacle d'horreur, pendant que le corps du malheureux duc est rapporté à Gisors.

Bouiïart a soin de se faire délivrer par les autorités locales un certificat qui constate qu'il a courageusement défendu son prisonnier; puis, il se hâte d'aller rejoindre M"*** de La Rochefoucauld à La Roche-Guyon.

Après avoir fait apposer les scellés sur les papiers du duc, il fait enlever les armes, les objets précieux, les chevaux, et donne Tordre de les transporter à Paris. Le tout y arriva-t-il? C'est ce qui est fort douteux, car la plupart des expéditions de ce genre commençaient par le meurtre et fiiiissaient par le vol*.

Le mandat lancé contre Duport était mis à exécution au château du Bignon, près Nemours 2, au moment même où le duc de La Rochefoucauld tombait sous les

r Nous avons réuni dans une note, à la fin de ce volume, plusieurs documents fort importants sur le meurtre Ju duc de La Rochefoucauld ; 00 y verra que nos soupçons sur la probité du ^ieur BoufTart ne sont pas sans quelque fondement.

y Celle propriété, par une coïncidence remarquable, devait passer ^<>cce3éi\ement dans trois familles célèbres; elle avait appartenu à Mirabeau, Tami des hommes, le père du célèbre orateur. C'est là que <*Jui-ci était né en n49. Elle était hibitée en 1792 par Adrien Duport ; ^ie api^arlienl aujourd'hui à la famille de Condorcet.

coups de SCS assassins. ^lais, grâce au\ liaisons que Texconsoiller au [)arlenient de Paris avait eues jadis avec un avocat, alors obscur, aujounlhui ministre de la justice, son sort devait étœ diirérenl de celui de son illustre collègue. Danton veillait, dans Tombre, sur son ancien protecteur, et avait résolu de le sauver des griiTes de la bête féroce que Ton appelait Marat. Il est curieux de suivre toutes les phases de la lutte qui s'engagea à cette occasion entre les deux démagogues.

Lami du peuple avait confié Tordre d'arrestation aa maire d'une des communes voisines du Bignon S qui, /Mr amour de la patrie sans doute, était venu lui-même solliciter cette mission. Celui-ci, armé de son ordre, se présente inopinément à Duport, qui se promenait dans une des avenues du château avec sa femme et un de ses amis, et lui déclare qu'il est son prisonnier. En vain Da-

I. Le mandat d'amener lancé contre Duport était ainsi conçu :

or MUNICIPALITÉ DE PARIS.

« Nous autorisons M. Milot, maire de Bazoches, à arrêter |)artool dû il trouvera e* à Irjiluire devant nous M. Adrien Duport, député a rAsst»mbIéo constituante et auteur du journal intitulé V Indicateur,^ à cet effi't il requiMxa les ofliciers municipaux et ci\ils à ?e faire assi^tT de Id force publique, lesquels officiers municipaux et civils apposeront les Siclléi sur les p.ipiers dudit sieur Duport et dresseront procès- verbal de leur opération pour nous ôlre envoyé avec lesdil* papiers.

0 A la mairie, c* \ingt-liuit août mil s.'ptcent quatre-vingt-douze, an quatre de la LibL^rtô et premitT de l'Égalité.

« Les administrateurs de (K)!ice et membres du comité de sui voilh n.re de sa!ul public,

« MartlXi Danjou. »

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