LIVRE XIII
se changeaient si souvent, pour tant d'illustres victimes, en arrêts de mort :
« Nous n'avions pas besoin, monsieur, pour mettre en arrestation Adrien Duport, d'aucunes pièces contre lui ; sa conduite à T Assemblée nationale, ses machinations, ses liaisons avec les conspirateurs nous imposaient la loi de nous assurer de sa personne ; mais on est encore parvenu à se procurer une correspondance d'Adrien Duport, qui prouve que le salut public exige qu'on rompe le fil de ses intrigues. On verra par cette correspondance combien Adrien Duport est un ennemi dangereux de la chose publique. Une partie de ses machinations, de ses intrigues, de ses trahisons, va être développée; nous allons livrer à l'impression les pièces importantes et Adrien Duport aux tribunaux. »
Marat exécute immédiatenient cette menace ; le 1 3 septembre, dans le Journal de la Républiffue^ il imprime et la lettre de Danton et celle du comité, en les accompagnant de trois billels énigmatiques dont, dit-il, « Duport s'était trouvait nanti lors de son arrestation, et que Fabre d'Ëglantine, premier secrétaire du ministre de la justice, avait communiqués au comité de surveillance séant à la mairie, avec la clef des allégories. »
Marat n'avait fait suivre cette publication d'aucun commentaire, mais il avait fait parvenir sa feuille à Danton avec une lettre de la dernière insolence. Celui-ci sent le coup; comment le parer? Il voit tout de suite qu'il lui importe d'apaiser la colère de l'Ami du peuple et de faire les premières avances; — dure nécessité, mais qu'il faut subir. — Seulement, pour ne pas avoir l'air de s'hu-
a5S HISTOIRE DE LA TERREUR.
milier devant Marat , et d*aller chercher dans sod antre Foracle du comité de surveillance, le ministre de la justice va trouver le maire de Paris. (On se rappelle que Pétion logeait au-dessus du local occupé par le comiléde surveillance.) Danton a l'art de se faire proposer par le débonnaire magistrat de descendre ensemble pour avoir avec Marat une explication franche et loyale. Ils Iroaveol YAmi du peuple très-animé. Danton lui ré^^ond avec sa brutalité habituelle; la dispute s'échauffe. Pétion, quia toujours un thème tout fait sur la concorde et le devoir des concessions mutuelles, s'épuise à apaiser les deui furieux. Ceux-ci, à force de se disputer, de se lancer leurs vérités à la face, en arrivent à s'apercevoir qu'ils ont besoin l'un de l'autre, et qu'il serait absurde de s'entre-dévorer loi^squ'ils ont encore tant d'ennemis communs à détruire. Puisque la paix est indispensable, Marat, habile comédien, tient au moins à avoir les bénéGces de la gén.'rosité. Tout à coup, il se précipite dans les bras de Danton, Télreinl fi*alernellement et déchire la lettre qu'il lui a écrite. Danton, dit M. Michelet k cette occasion, u endura le bai>er, sauf à se laver ensuite^. » Ainsi tiré du mauvais jias dans lo<juel l'avait engagé son confident, Fabre d Ei:iantine, [mr sa communication plus qu'intem- [lestive, le ministœ de la justice sent qu'il importe de terminer au plus vite une affaire qui peut encore le compromettre si elle se prolonge. Il prescrit donc au tribunal
I . Voir Mioholel, t. IV, p. 116. Voir, dans Vlli.Uoire parlementaire. de Buchoz el Roux, l. XXI. p. 108, l'exlrail du discours dans lequel Potion raconte celle siène. Celle foi? on p ul le croire, car il esl désintéresse.