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la justice. Il rappela le caractère tout exceptionnel du tribunal du 17 août, son jury purement local, le champ borné de ses attributions. Loin de songer à dessaisir la haute cour des procès pendants devant elle, il la déclara
seule compétente en matière de crimes d'Etat et ajouta qu'on ne pouvait, sans violer tous les principes, soustraire les accusés à leurs juges naturels et priver la nation du droit qu'elle avait de participer à leur jugement. Toutefois, il demanda le renouvellement des hauts jurés, parce que, disait-il, l'opinion publique s'était modifiée depuis leur élection, et qu'il fallait dès lors les remplacer d'après le principe qui avait déjà été adopté pour la création du tribunal du 17 août, c'est-à-dire constituer les vainqueurs juges des crimes imputés aux vaincus.
L'Assemblée adopta sans discussion le projet de la commission extraordinaire, et en même temps chargea le ministre de la justice d'envoyer à Orléans deux commissaires s'assurer de l'état des procédures, inspecter les prisons et pourvoir à leur sûreté.
force publique pour une expé lition qu'il dit être de la plus grande conséquence, el sur laquelle on a cru devoir garder le secret. Renvoyée à M. le commandant général. — Le conseil adjoint à M. Fournier, pétitionnaire, M. Audoin. d
c Le S6 août. — Sur la demande faite par une députa (ion de Marseillais, le conseil a arrêté qu'il nommerait quatro commissaires pour aller appuyer leur pétition à l'Assemblée nationale, tendant à continuer leur voyage vers Orléans, pour y garder les prisonniers de lèsenation. Les commissaires sont MM. Jeanson, Lefèvre, Grécourt et Marie.
t Le conseil arrête en outre que cinq cents hommes accompagneront les Marseillais à Orléans, o
Le décret conservait la haute cour et par conséquent ne pouvait convenir aux meneurs de TUôtei de Ville; ils étaient donc d'avance résolus de n'y avoir aucun égard. Gomme ils avaient des complices dans le ministère aussi bien que dans l'Assemblée, ils avaient été avertis, avant la législature elle-même, du projet préparc par la commission extraordinaire. Le 2/i août, la veille mc^me du jour où Gensonné^ lisait son rapport, ils dépêchèrent cinq k six cents palriotes armés de sabres et de fusils et munis d'une somme de six mille livres prise dans la caisse con)munale; ces pairiotes devaient être censés partis de leur propre mouvement pour s'opposer à l'exécution d'un prétendu complot royaliste qui n'aurait tendu à rien moins qu*à forcer les prisons d'Orléans et à enlever les accusés. Par une tactique qui leur était habituelle, les démagogues prêtaient à leurs adversaires leurs propres intentions.
I^ bande, qui avait été recrutée dans les diverses sections de la capitale, élait commandée par le fameux Fournier l'Américain. Elle n'était, du propre aveu de son chef, qu'un ramassis de voleurs^.
t. Ici les dates ont une importance extrême. Par les comptes de dépense de Toxpédition d'Orléms, que Ton trouvera à la fin de ce volume, on voit que la première bande fournie par les sections années et par les f»»dérés marseillais, parlit vin^ït-qualre heures au moins avant quo rAssomblce n'eût rendu son décret. Pour solder les frais devoya.^o, on puisa dans la c^iisse municipale de Paris sans ordre et sans auoun crôlil ouvert.
î. Voir à col «'ir.ird L»s lettres de Fournier à la fin de ce volume: voir aussi, dans les Mémoires do M"'* Roland, le portrait qu'elle trace de Fournier rAméricin. Klle a\ail eu rocca>ion de ltî voir de près.
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Déjà, depuis quarante-liuil lieures, elle avait quitté la ca|)iial(\ rançonnant, pillant les communes qu'elle Irdversail. Des autorités parisiennes, les unes ignoraienl, les autres feignaient cVignorcr le but de l'expédition.
Cependant, à la nouvelle du brusque dé|)art d'une force armée qu'aucune autorité officielle n'avait requise, la commission extraordinaire s'émut et demanda des explications*. Nous ignorons dans quels termes elles furent données. Quant au résultat, il fut tel qu'on devait Tallendre de la faiblesse de la Législative. Une fois de plus, l'Assemblée courba la tête; non-seulement elle accepta le fait accompli, mais elle le légalisa en ordonnant l'envoi immédiat a Orléans d'une force armée
car le chef de Tarméo parisienne vint plusieurs fois apporter en personne ses réclamations au ministre de rintéricur:
« Avec ^a fiice livide et sinistre, ses, moustaches, sa triple ceinture de pisîolels, son langage grossier, ses jurons, ii avait tout l'air d'un pirate «
1. Nous avonf5 retrouvé un billet que Manuel écrivait à Pétion, au sujet de Texplication demandée par la commis>ion extraordinaire et que le maire do Paris s'empressa do transmettre à l'Assemblée. Toutes les expressions de ce billet sont à peser. On y voit le complice qui en sait plus qu'il n'en veut dire et qui esquive un interrogatoire embamlS^anl :
«J'apprends avec peine et surprise, monsieur le maire, que le peuple de Paris se porte vers Orlé;ins; c'est même pour moi un fait à éclaircir. On m'assure qu'il est que-tion d'amener sous la loi les criminels de lèse-nation. Je vai> prendre tou^ les rensoigncments que dem mde la commission extraordinaire; je vais lui envoyer des oflTiciers municipaux, car je ne peux quitter le parquet. Celte nuit nous nous sommes
couchés à deux heures.
(t Manuel. »
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ileslinée, disait le décret du 26 août, à veiller à la garJe et à la sûreté des prisonniers.
Le premier décret (celui du 25 août) avait chargé le ministre de la justice d'envoyer à Orléans deux commissaires pour examiner les procédures commcDcées. Le choix de Danton tomba sur Dubail et Léonard Bourdon. Ils avaient des instructions ostensibles et des ordres secrets. Ils devaient, avant tout et sur tous les points, se concerter avec Fournier, en roule depuis la veille. Ce qui le prouve, c'est que, partis en poste le 25 au soir, par conséquent avant que le décret du 26 ne fût venu régulariser la marche des patriotes parisiens, Dubail et Bourdon s'arrêtèrent à Lonjumeau, qui avait été la première élape de la bande- de Fournier. Ils restèrent plusieurs heures en conférence avec celui-ci, et, quoiqu'il dût avoir la bourse encore assez bien garnie des deniers pris indûment dans la caisse de la ville de Paris, quoiqu'il dût être pour eux, commissaires du pouvoir exécutif, en flagrant délit de rébellion, ils lui remirent un nouvel à-compte de six cents francs, puis remontèrent eo voiture*.
1 . Dubail était secrétaire de la section du Théâtre-Français, dont Danton avait été longtemps président. Léonard Bourdon était toulpuissant dans la section des Gravilliers, et, depuis le 40 août, il était son représentant dans le sein de la commune insurrectionnelle; de plus, Tun et Tautre appartenoient au tribunal du 17 août, Dubail en qualité de jugp, Dourdon en qualité de greffier.
Ce n'élait pas au mÎDislre de la jiisiice, mais au mi- Bistre de l'inlérieur qu'il appartenait de pourvoir k l'exécution du ilL-cret du 26, relatii' à l'envoi d'une force armt^e à Orlt^ans. Roland aurait pu diriger sur le Loiret des ganies nationaux choisis avec soin, et mettre à leur lêie un liomuie de cœur, muni des pouvoirs nécessaires pour ranger sous ses ordres les détachements déjà en marche. Mais ce ministre, qui se croyait inflexible parce qu'il t'tait rogue, inaccessible à la crainte et aux entraînements parce qu'il se plaisait à se représenter sans cesse comme tel. subissait, sans qu'il s'en doulât, rinduence de son audacieux et habile iMllègue. Danton lui persuada qu*il n'avait rien de mieux à faire que de suivre l'exemple que venait de lui donner la représenlalion nationale, d'admettre le fait accompli, de délivrer à Fouinier une commission qui l'investit i-égulièrenieul de l'autorité dont il s'était emparé et lui donnât le commandement officiel des détachements marchant sur Orléans, aussi bien de ceux qui étaienl partis de leur autorité privée que de ceux qui seraient envoyés en vertu du décret de l'Assemblée.
Fournier attendait tranquillement à Étampes le brevet de générai de l'armée parisienne, que ses amis de l'Hôtel de Ville lui avaient promis. Il lui fut apporte par les chefs de la deuxième bande, partie de Paris le 26 août au soir. Ces chefs étaient Bérart, commandant du bataillon de Popincourt, et le fameux Lazowski , commandant des canonniei's de la section du Finistère. Cette fande vécut en chemin, comme celle qui l'avait devante, aux dépens des communes el des particuliers, au
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moyen (\e réquisitions qui furent plus lard fort contestées par ceux même qui les avaient faites*.
Le 30 août, F Américain arrivait à Orléans. Il y était reçu avec les plus grands honneurs par la municipalité et le département, (pii croyaient voir en lui et en ses compagnons les vrais représentants de la garde nationale parisienne. Fournier, aussitôt après avoir fait vérifier par les autorités orléanaises sa commission signée Roland *^, envoie ses bandes prendre possession des deux prisons aireclées aux prisonniers de la haute cour, Saint- Charles et les Minimes.
Les volontaires parisiens s'emparent de tous les postes, pénètrent dans les chambres, exercent sur les prisonniers les plus grandes brutalités, en blessent même quelques-uns. Ajant inspiré à tous ces malheureux une terreur salutaire, ils organisent le pillage, font main basse sur Targenterie et les autres valeurs portatives. Léonard Bourdon est là, approuvant tout par sa pn'^sence, et prenant les noms des prisonniers pour savoir si le compte des individus qu'on a promis de lui livrer se retrouve exactement.
\. Lorsque Fournier rendit à *^a manière les comptes de son expé- (lilio.i, ain^i qu'on le verra dans la nulc placée à la un du volume, il re[>oussj les réclamations de p'u^ieurs de> communes qu'il avait dévalisées, et notanimrnl de la nuinicip;dité d'Arpajon, prélend;inl qu'elles rtnirnl inaidieuses et tardives.
t, M. Granior de Cassîignac, p. 478 de son deuxième volume, donne à croire que les aut )rités d'Orléans n'auraient pas dû obtempérer îiux réquisitions de Fournier. C'est une erreur complète, FAmériciûna^ait une commission paifaiten^ent en règle, signée du ministre de l'inlérirur.
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Cetle première expédition faite, Fournier et ses deux lieutenants, Bécard et Lazowski, posent des sentinelles à tous les guichets, à toutes les portes, dans tous les corridors, avec la consigne d'opposer un refus formel h quiconque, sous n'importe quel prétexte, demanderait à communiquer avec les prisonniers.
Cette consigne est exactement suivie. Un homme énergique essaye cependant de la forcer. Gilbert-Bonnet, huissier audiencier de la haute cour, se présente aux Minimes le !•' septembre et déclare qu'il doit signifier à certains accusés divers actes de procédure; l'entrée lui est brutalement refusée. A force d'insistance, il parvient, à travers six cordons de sentinelles, jusqu'à un des officiers de Fournier, le somme de le laisser pénétrer dans la prison, et, sur son refus, lui demande son nom pour verbaliser. «S.... n.. de D..., lui répond brusquement l'officier sans-culotte, si tu ne te retires pas promptement, je te ferai consigner de manière que tu ne feras jamais de pareilles questions. « Gilbert- Bonnet court à l'Hôtel de Ville, où il trouve Fournier à la tête d'un détachement de canonniers parisiens; il lui demande de donner des ordres pour que lui , huissier de la haute cour, puisse pénétrer dans les prisons et y accomplir les actes de son ministère. Mais Fournier s'emporte et crie d'une voix tonnante : « S.... n.. de D... (il parait que c'était ainsi que commençaient tous les discours de ces scélérats), je n'ai aucun ordre à donner. Quand ces sacrés gueux auront tous la tête coupée, on fera le procès après. Je n'entends pas les
chicanes; tu peux t'aller faire f Ni loi ni d'autres
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n'entreront jamais dans les prisons tant que je serai à Orléans avec mon armée. « Gilbert- Bonnet ose demander au général son nom, quoiqu'il le sache fort bien. Mais Fournier lui réplique: « Retire-toi, te dis- je, sans d'autres raisons, si tu ne veux passer un mauvais quart d'heure. »
Menacé par les sicaires de rAméricain, Thuissier de la haute cour est obligé de faire retraite. Mais, poussant aux dernières limites sa courageuse persistance , il dresse procès-verbal de tous ces faits et le notifie au général dans la personne, à la vérité, d'un de ses suppôts, car il n'eût pas été possible d'obtenir une seconde audience du terrible chef de l'armée parisienne*.
Fournier, Bécard, Lazosvski régnent en maîtres sour verains dans Ork*ans. Sur la place du Martroy, les canonniers de la section du Finistère stationnent avec pièces chargées et mèches allumées. Cependant, les maratistes de la localité et, à leur tète, le tailleur démagogue nouvellement élu maire, Lombard-Lachaux, traitent de leur mieux leurs amis parisiens et marseillais. I^ dimanche 2 septembre, ils leur donnent une fête civique: drapeaux, lampions, musique, banquet, chansons, harangues, tonnes défoncées; rien n'y manquait.
1 . Le prccès-ver bal de Gilbert-Bonnet est conservé dans les archÎT.^s de la Cour impériale d'Orléans.
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Pendant qu'on buvait et qu'on chantait à Orléans, les massacres commençaient à Paris. Le soir môme de cette journife néfaste, peu après que le vieux Dussaulx eut annoncé à ses collègues que la députation envoyée à l'Abbaye n'avait pu faire entendre la voix de l'humanité aux assassins, l'Assemblée législative parait se ressouvenir des accusés qu'elle a elle-même envoyés par-devant la haute cour. Désespérant de sauver les prisonniers qui se trouvent à deux pas d'elle, elle veut au moins faire acte de bonne volonté en faveur de ceux du Loiret qui eux, au moins, ne sont pas directement sous la main de la commune insurrectionnelle. Elle commence à entrevoir les liens étroits qui rattachent le brusque départ de Fournier et de sa bande aux effroyables exécutions dont Paris est depuis quelques heures le sanglant théâtre. Elle es|)ère que son intervention pourra encore sauver les malheureux que, sans le savoir, elle a livrés aux assassins envoyés par les dictateurs de l'Hôtel de Ville. Il faut à tout prix rappeler la troupe indisciplinée dont, par son malencontreux décret du 26 août, elle a sanctionné la mission improvisée; mais il faut aussi lui dissimuler la méfiance qu'elle inspire. Au nom de la commission des vingt-et-un , Gensonné apporte un projet de décret qu'on adopte et qu'on expédie à Orléans par un courrier extraordinaire ^
Le décret était adressé aux deux grands procurateurs
1 . Nous avons eu entre les mains la nninute originale de ce décret. La quantité de ratures et de renvois qui la couvrent dénote l'embarras et le trouble de son rédacteur. L'Âss mblée elle-même, après l'avoir voté, l'amenda pendant la nuit en substituant, comme lieu de
fie ia nation qui reuipiLîôaieol auprès de la haute cour les fonctions de ministr^re public^. Ils le reçoÎTeDl le S sept*fintire. dans ra;ifv>-niidi. et s'empressent de cxMiToqiier à I* Motel de Ville d'Orli-ans les autorités municipales et dé- [:artt^menta!es, lesdeux commissaires du pouvoir eiLéculif, 1»^ commandan's «!^ la foï tf année. Fuumier se bit longtem[js attendre ; il arrive enfin avec les cinq ou si\ individus à figure ribarbative qui composent son état-major. On le fait »*iUivrseul dans la salle du <Zonseil,oiise trou* vait diéjà M. Dulac. commandant de la garde nationale d*Oriéans. Lecture est faite à haute voix du décret rendu la nuit prtkrédente [lar l'.Vssemblée, et dont le préambule, malgré ses formes va.:?ues, faisait clairement connaître sous quelle douloureuse impression il avait été rédigé:
(' L'Assemblée nationale, considérant ce qu'exigent les V circonstances actuelles, la sùrelé des personnes déle- 0 nues dans les prisons de la haute cour nalionale à '. Orli-ans, et la né* essilv» de rap|>eler promplement les ganles nationales parisiennes pour j>arlager avec leurs « frètes d'armes le service extraordinaire que la sûrelé '< de la capitale et le siiliil de la chose publique exigent:
« Considérant <{ue la Convention nationale pourra seule M déterminer les changements (jui devront être apportés ( aux articles constitutionnels qui ont fixé Porganisation
détention des accu-^'S, le ctiâtoau de Saumur à celui de Blois^qui avait d'abord é(é désigné et qui ne lui parut pns assez sûr.
I . Le:^ doux gninls pro^urjleur^ devaient être, aux termesde laloi, deux m' mSres de rAssem!)lée légi>I.itiveélus par elle. Garran-^uloD, député de Paris, et Pjllicot, député des Bouches-.iu-Rhône, remplissaienl alors cci fonctions.