‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 172 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

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qu'il ne consentira pas à partager sa troupe, et, comme on le presse dejustifier cette résolution, il salue la compagnie en annonçant qu'il va se mettre à table, étant, dit-il, à jeun depuis le matin. Cette impertinente sortie avait un autre motif. Fournier, craignant qu'on ne prît contre lui quelque mesure de rigueur, voulait rassembler ses hommes et se préparer à toutes les éventualités.

Bientôt on entend battre la générale; on vient avertir les autorités restées à l'Hôtel de Ville qu'il se forme des groupes menaçants du côté des prisons, et que les volontaires parisiens courent aux armes, non pour s'opposer à ce mouvement, mais pour combattre les troupes régulières si elles viennent à se montrer. Ordre est aussitôt donné à la garde nationale d'Orléans, à la gendarmerie et aux troupes de ligne composant la garnison de se tenir prêtes à marcher au premier signal. Mais avant d'en venir aux dernières extrémités, les grands procurateurs veulent s'assurer de l'état des choses, et, entraînant avec eux Bourdon et Dubail, ils se rendent sur la place du Martroy, oii leur présence sufïit h intimider les rôdeurs de Duil qui s'y sont rassemblés. De là, s'étant dirigés vers l'endroit que l'armée parisienne a choisi pour point de ralliement, ils la trouvent rangée en bataille à l'entrée des rues Bannier et d'Hilliers, les canonniers à leurs pièces, les fusiliers formant des groupes près de leurs armes en faisceaux, tous la tête échauffée et plus mal disposés que jamais à entendre le langage de la raison. Aussi, quand Pellicot et Garran-Coulon veulent porter, de groupe en groupe, des paroles de paix et rappeler aux volontaires les devoirs que leur impose le décret de l'Assemblée

nationale, on ne leur répond que par des éclats de rire, des menaces et des huées. L'Américain, tranquillisé par les dispositions qu'il a prises, parait devant les magistrats et les eniçage à le suivre à sa demeure ; ils y trouvent trois ou quatre individus qui se donnent pour les députés de la section du Finistère et se prétendent chargés de ramener leurs frères dans la capitale. « Quelques mois prononcés par ces émissaires à Toreille du commandaDt font frissonner les deux magistrats , quoiqu*ils ne les entendent qu'à moitié*. »

Sans doute, les envoyés des démagogues parisiens avaient conseillé à Fournier de dissimuler par une feiolc obéissance les projets sinistres qu'ils lui avaient communiqués. Aussi se laisse-t-il ramener sans peine à l'Hôtel de Ville par Garran-Coulon et Pellicot. Là, il se déclare prêt à obéir au décret ; il ira à Saumur, mais avec tout son monde, c'est le vœu de son armée. Céder sur ce poinl, fait-il observer, c'est le moyen de se faire mieux obéir pour lout le reste; d'ailleurs, dans l'état d'effenescence où se trouve le pays, il ne faut pas, suivant loi, moins de douze cents hommes suivis de six pièces de canon pour transférer sûrement les prisonniers. Il ne demande à la garde nationale d'Orléans qu'un détachement de deux cents volontaires. M. Dulac déclare qu'il fournira un détachement aussi nombreux que l'on voudra, et qu'il no dépendra pas de lui que la loi ne soit fidèlepeut exécutée. On se résigne à accepter les conditions irapo-

I. Expressions mômes du procès-verbal des grands procurateurs de

la nation.

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sées par Fournier, mais on lui fait promettre solennellement de conduire les prisonniers sains et saufs à Saumur. L'Américain jure tout ce que veulent les magistrats et se retire. Aussitôt les grands procurateurs de la nation et les autorités départementales s'occupent de faire préparer, sur la route de l'ouest, les étapes du convoi et de sa nombreuse escorte. Une somme de quinze mille francs, empruntée à la commune, est portée à Fournier pour les besoins du voyage.

Pendant tout le reste de la nuit du 3 au 4, on cherche à rassembler des moyens de transport. Les entrepreneurs ordinaires avaient caché leurs chevaux et leur matériel, craii^nant de ne les revoir jamais s'ils les confiaient aux patriotes parisiens. Garran-Coulon et Pellicot sont obligés de remettre à la municipalité des récjuisitions en forme pourTautoriser à s'emparer, de gré ou de force, des chevaux et voitures des particuliers, même de ceux de la poste, si cela est nécessaire.

L'heure du départ avait été fixée à cinq heures du matin. Déjà depuis la veille, les rumeurs du dehors, quelques propos échappés aux gardiens avaient averti les prisonniers que leur sort allait changer. Mais que devaient-ils devenir? C'est ce qu'aucun d'entre eux ne savait. On parlait vaguement de Saumur, de Paris, d'un prompt jugement qui les rendrait bientôt à la liberté.

Plusieurs, dans l'incertitude du sort qui leur est réservé, passent la nuit à rédiger leurs testaments, à écrire à leurs amis, à leurs proches, à mettre leurs aiïaires en ordre. Fournier va de chambre en chambre, se présentant à tous comme un protecteur bien résolu à

ViS HISTOiRE DE LA TERREUR.

les défendre contre les périls qui pourraient les menacer.

Il y avait dans les prisons de la haute cour des gens fort riches, comme le duc de Brissac; ils aimaient, même en ces tristes demeures, à s'entourer d'un luxe (jui leur rappelait leur vie heureuse et les consolait de la liberté absente, et étaient pourvus de vaisselle mai^nificpie, de somptueux habits, de bijoux précieux. Toutes ces richesses, par les soins des affidés de Foumier et de Bourdon, sont enlevées et jetées pêle-mêle dans des malles. Les fourgons, ({ue l'on a mis en réquisition, l'eçoivent (luelques-unes de ces malles; d'autres, sans doute par inadvertance, sont transportées en ville, dans les logements particuliers des chefs de l'expédition *.

Les effets mis en silrelé, on s'occu()e des prisonniers eux-mêmes, on les rassemble dans les cours, on leur lie les mains, on les entasse sur des chariots. Bécard s'est chargé des vingt-huit détenus qui se trouvent à Saint-Charles; Foumier s'est réservé ceux des Minimes, MM. de Brissac, Delessart, d'Abancourt, Larivière et [)Uisieurs oHiciers supérieurs du régiment de Cambivsis. Le concierge de la prison se fait donner par rAméricain une décharge des prisonnière qu'il vient de lui remettre, et demande timidement si dans cette décharge il doit indi*

I . De ces déprédations, do ces bruUdilés les preuves existent dan? les noinbreu>es déclarations recueillies k Orléans en Tan m, lor^ue les niagistraîs de Vcrsiiilles s'appn^taient à faire le procès de Foaniier r américain: nous avons choisi parmi ces déclarations celles émanaot de personnes qui. par leur position particulière, étaient plus spécialement à même de sa\ oir comment les choses s'étaient passées. On trouvera ces «'épo liions à la fin de ce vo'ume.

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