LIVRE XIII
quer leur destination. — Eh bien, répond Fournier après quelques hésitations, mettez Saumur. — L'attitude embarrassée du commandant de Tarmée parisienne fait réfléchir les grands procurateurs de la nation. Ils sentent se réveiller toute leur méfiance et s'approchent de T Américain qui cherche en vain à les éviter. A force de supplications, ils lui arrachent de nouveau la promesse qu'il ira à Saumur. Cela fait, il saute à cheval, pique des deux et devance les magistrats sur la place du Martroy ; il y trouve son lieutenant, avec les prisonniers amenés de la prison de Saint-Charles. Aussitôt que Bécard aperçoit la tête du convoi que conduit Fournier, et sur un signe probablement convenu d'avance avec lui, il donne à sa troupe l'ordre de s'ébranler et s'engage par la rue Bannier dans la direction de Paris.
Le détachement de la garde nationale d'Orléans, que Dulac avait convoqué, reste immobile; mais de ses rangs sortent quelques individus isolés qui grossissent la troupe parisienne, à laquelle se joint un certain nombre de soldats du régiment de Berwick gagnés au complot et qui se sont échappés de leur caserne.
A la nouvelle que les prisonniers sont entraînés sur la route de Paris, les deux grands procurateurs, Garran- Coulon et Pellicot se font jour h travers la populace qui encombre la place du Martroy, parviennent à rejoindre Fournier et Bécard qui ont pris la tête du cortège, leur i^ppellent courageusement leurs promesses violées, la loi inéconnue et les effroyables suites que peut avoir leur <J^obéissance. L'Américain leur répond qu'il sait ce qu'il ^ à faire et continue son chemin. Aucune résistance n'est
plus possible. Les magistrats rentrent à la maisoD comiiiune pour verbaliser. Ils reçoivent les protestations des chefs (Je la garde nationale d'Orléans, des officiers et d'un certain nombre de soldats du régiment de Berwick, qui, drapeau en tète, viennent témoigner à la municipalité la douleur qu'ils éprouvent de la défectioD de quelques-uns des leurs*.
Le 5 septembre, à huit heures du malin, l'Assemblée nationale recevait communication de la dépêche que les grands procurateurs lui avaient envoyée par un courrier extraordinaire pour l'avertir de ce qui s'était passé à Orléans. Q^^^lqu^^s heures après, sur le rapport de Vergniaud, elle adoptait un décret qui chargeait le pouvoir exécutif de [)ren(lre, dans l'inuVc^t de la loi, toutes les mesures qu'exigeraient les circonstances et notamment d'en VON er deux coumiissaires au-devant de la force armée commandée par Fournier. (]e décret était accompagné d'une [)roclauialion également rédigée par Vergniaud; on \ rappelait leurs devoirs aux soldats mutinés
1. Nous avons con^ullô, pour toute celle partie de notre récit, te procès-verhalsi^'nédos aulorités d'OrléHn-», le procès- verbal dressé fwr les grands procurateurs, les lettres que Fournier écrivit à l'appui de ses comptes, la scilumincuse procédure dirigée contre Foumicrw l'an III , et enfin le monument le plus précieux cl le plus lamentable que nous ayons recueilli sur ce sanglant épisode de la Terreur, IfS lettres écrites par les \ictimes elles-mêmes pendant leur voyage d^*^ léans à Versailles; nous en parlerons plus loin.