‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 174 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

et on leur ordonnait de rétrograder non-seulement jusqu'à Orléans, mais encore jusqu'à Saumur.

Ces mesures, cependant bien peu sévères, inquiétèrent les meneurs de l'Hôtel de Ville; ils firent nommer parla commune d'autres commissaires qui, eux aussi, devaient aller au-devant de l'armée de Fournier, sous prétexte que cette armée, composée d'enfants de Paris, ne pourrait qu'écouter avec déférence des magistrats de la cité venant joindre leurs exhortations à celles des délégués du pouvoir exécutif. Uoland, tombant encore une fois dans les chausse-trapes que son collè4j:ue Danton ne cessait de placer sous ses pas, accepta les envoyés de la commune comme des auxiliaires utiles et leur donna des pouvoirs identiques à ceux dont il avait revêtu son propre représentant *.

I. Les quatre commissaires désignés par la commune furent pris dans lesciii même du cens;*!! général; ils se nommaient iMoulin, B^rey, Joberlet Roussel. Le seul commissaire désigné par Roland fut un sieur Benuviliers. Ils adressèrent, tous les cinq, d'Étampeset d'Arpiijon, des lettres collectives au ministre de l'intérieur et au directoire du déparlement de Seine-et-Oise. Leur action fut toujours commune, preuve évid-^nte que leurs pouvoirs étaient communs.

A peine les cinq commissaires étai^^nt-ils partis que Roland écrit de nouveau à Fournier une lettre dont le désordre et l'incohérence dénotent bien le trouble qui agitait le malheureux ministre dans ces jours d*angoisse.

• AU, Fournier, commandant la force arntée sur la roule

de Paris à Orléans.

c J'apprends, par un courrier qui vient de passer à Étampes , que les prisonniers y sont rentres. Faites tous vos efforts ()Our les y retenir, pour les loger dans les environs, conformément à la mission des commissaires que j^ai envoyés au-devanl d'eux et de votre force ar-

382 HISTOIRE DE l.A TERREUR.

Les commissaires arrivereni a Etampes quelques heures avant les bandes que Ton avait décorées du nom d'armée parisienne.

Celte armée, qui méritait si peu ce nom, marchait dans un aiïreux désordre, maraudant tout le long du chemio. et, à chaque halle, se livrant à toute sorte d'excès*.

Aussitôt que les commissaires furent avertis de son

approche, ils allèrent la recevoir à l'entrée d'Etampes et, apri's un roulement de tambours, l'un d'eu\ lut à haute voix, devant le front des bataillons, le décret du 5 et h proclamation réili.j:*'»e par Vergniaud. Cette pièce d'éloquence fil naturellement très-peu d'effet sur les officiers et encore moins sur les soldats. Aussitôt après cette lecture, les agents de la commune, se répandant dans les rangs, prêchèrent tout haut la soumission et tout bas la désol)éissance.

Fournier et sa troupe séjournèrent deux jours à Étampes. Ce relaixl dans une marche d*abord précipitée serait ilifiicile à comprendre, si les rapports des commis-

ineo. S'ii n'eîait piis po»ibIt» d'agir ainsi que le portail le décret, d que Ie< co:umi>àain?< en étaient chargés, je m'en référerais à nia lettre de ro matin. I iqu »II«» vous a été remi-jo jwr un courrirr ^\\ï'? je vous ai envo^e. Vous \ovrz bien que rhonn=^ur, la lovauté, celle de Paris, fc vôtre, tiennent à de< mesures dignes et hu.nnines. »

I. Nuus n'en \oulons puur preuves que les explications donnée» plu^ lard pvir Fournier à T^ppui de ses comptes. Il parle sans cesse des depons«^s consi'^érables occa-^ionnées par la mauvaise organisation d s h>:nmes qui s'étaient glissés dans l'^s rangs de son année pour y moltr»^ le désonlre, des vols qui se commettaient sous préleile de réiiuisitions, de fusils cas^ês et de tambours brisés au milieu des rixes de chaque jour.

saires ne nous révélaient Tarrivée, durant la nuit, d'un émissaire de la commune, chargé de faire modifier l'itinéraire projeté et de diriger les prisonniers non plus vers Paris, mais sur Versailles.

Quel était le motif de ce changement d'itinéraire? Les organisateurs des massacres avaient pu s'apercevoir que la population parisienne sortait de sa stupeur et pouvait s'opposer au renouvellement des massacres. Ils résolurent donc de transporter ailleurs le théâtre de leur dernier exploit.

Quatre lieues séparent Versailles de Paris. Rien n'élail donc plus facile que d'y envoyer les assassins à la solde du comité de surveillance; en dirigeant sur cette Tille les prisonniers que l'on avait hautement annoncé vouloir conduire dans la capitale, on paraissait, jusqu'à un certain point , obtempérer au décret de l'Assemblée.

Les deux journées que Foumier eut l'air de perdre Étampes donnèrent aux organisateurs des massacres le temps de faire concorder l'arrivée des prisonniers à Versailles avec un nouveau <limanche, jour, il faut le remarquer, presque toujours choisi pendant la révolution pour tous les mouvements populaires.

La masse des volontaires que 'commandait Fournier, et auxquels celui-ci ne pouvait, sans se compromettre, expliquer tout haut les motifs du contre-ordre qu'il venait de recevoir, fit d'abord la plus vive opposition au changement d'itinéraire. On craignit à plusieurs reprises Une sédition parmi ces troupes] indisciplinées. Il fallut <lue les commissaires de la commune jurassent de mar-

.iS4 IIISTOIRK DE LA ÏFRREUR.

iiior avec l'armée parisienne jusqu'à Versailles, en ajoutant que, là, justice serait faUe^.

I/*s prisonniers étaient assez bien traités depuis leur départ d'Orléans. Si parfois les sentinelles, placées près des chariots aux diverses haltes, les insultaient, et, dans la franchise de l'ivresse, leur prédisaient le sort qui les attendait, les ofliciers afTectaient pour eux une sympathie hy[)Ocrile, cent fois plus odieuse que la brutale rudesse des soudards et des vauriens qu'ils avaient sous leurs ordres. Fournier surtout se n»ontrait, non-seulement humain, mais prévenant à l'égard des prisonniers. Il leur procurait, à chaque couchée, de la paille fraîche; à chaque repas, de bons vivres; il ne cessait de leur faire entendre des paroles presque amicales. Ainsi parvint-il à capter leur confiance, et même à devenir le dépositaire de leurs secrets, de leurs derniers bijoux et de leurs valeurs de portefeuille. Pendant les deux jours que le funèbre convoi séjourna à Étampes, il redoubla pour eux de soins; il les visita dans le couvent abandonmWpii leur servait de prison; il leur expliqua, à sii manière et à son avantiige, la cause des tumultes dont le bruit et les clameurs étaient parvenus jusqu'à eux; il se posa comme leur protecteur et leur ami.

Ces malheureux gisaient sur la paille, (ju'on avait étendue à la liAte dans de grandes salles toutes nues, sans meubles et sans lits. Ils étaient garrottés et semblaient de vils animaux que l'on mène à la boucherie, mais dont on prend soin cependant, aiin qu^ils arrivent

r Co ronl los tTir.es im^mc-î de leur rapport.

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