‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 20 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

VOUS déclarer que ce soir à minuit le tocsin sonnera, la générale battra^ et le peuple tout entier se lèvera pour la seconde fois.

« Eh quoi ! Taristocralie lèverait-elle encore sa tête hideuse au milieu de vous?... les principes de justice sont-ils donc différents pour un peuple souverain que pour les tyrans?...

« Les jurés d'accusation et de jugement que vous avez décrétés sont organisés; ils sont tout prêts, mais il n'y a point de juges pour faire l'application de la loi ; le tribunal criminel a perdu la conGance du peuple... Je demande que, sans désemparer, vous décrétiez (ju'il sera nommé un citoyen par chaque section pour former à l'instant un tribunal criminel...

« Je demande que le château des Tuileries soit le temple d'où la justice prononce ses décrets, dus à la vengeance du peuple souverain.

« Je demande que Louis XVI et Marie-Antoinette, si avides de sang, puissent s'en rassasier à leur aise en voyant couler celui de leurs infâmes complices. ..

a Vous avez promis justice au peuple français, vous la lui rendrez ; il l'attend , et alors il verra en vous les dignes représentants et les fidèles interprètes de la volonté souveraine. »

De pareilles brutalités ne pouvaient être subies sans qu'il s'élevât quelques protestations au sein de l'Assemblée. Le montagnard Choudieu lui-même déclare que l'adresse rédigée par Brissot suffit et que nul tribunal inquisitorial ne doit être institué ; Thuriot lance des paroles d'indignation dont l'histoire lui doit tenir compte

au milieu des défaillances qui ont marqué sa carrière politique.

(( Il ne faut pas que quelques hommes , qui ne connaissent pas les vrais principes,... viennent substituer leur volonté particulière à la volonté générale... Je demande que le Corps législatif se montre décidé à mourir plutôt qu'à souffrir la moindre atteinte à la loi... J*aime la liberté, j'aime la révolution ; mais s*il fallait un crime pour l'assurer, j'aimerais mieux me poignarder... La révolution n'est pas seulement pour la France, nous en sommes comptables à l'humanité. »

Belles paroles, mais de quel effet furent-elles suivies? C'étaient , hélas ! les derniers accents d'une résistance qui allait expirer. Voici venir, en effet, une députation des citoyens élus la veille pr les sections pour former les jurys de jugement et d'accusation :

« Vous paraissez, dit l'orateur, être dans les ténèbres sur ce qui se passe dans Paris!.. Si, avant deux ou trois heures , les jurés ne sont pas en état d'agir, de grands malheurs se promèneront dans Paris. »

Devant ces menaces, le reste d'énergie dont l'Assemblée semblait encore animée un instant auparavant s'évanouit. Hérault- Séchelles, qui avait en poche un décret tout préparé dans le sens des demandes formulées par la commune , se présente à la tribune , et propose de créer un tribunal nouveau pour les crimes commis dans la journée du 10 août, en laissant subsister à côté de lui les anciens tribunaux criminels qui continueraient à connaître des crimes et délits ordinaires. « De cette manière, ose-t-il dire sans rougir, on ne por-

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