VENTE DES EFFETS DES VICTIMES
( Voir page 314. )
Les pièces relatives à Tinventaire et à la vente des effets des Tictimes des massacres de septembre se trouvent à la préfecture de la Seine et à la préfecture de police. Nous nous contenterons d'en extraire les passages les plus saillants et les plus caractéristiques.
La première pièce du dossier de la préfecture de police est ainsi intitulée :
« État des effets dont nous nous sommes emparés sur les prévenus de trahison contre la liberté française au tribunal du peuple assemblé le doux septembre 1792, an quatrième de la liberté, premier de l'égalité. »
Suit le détail des effets.
Au bas de cette pièce se trouvent neuf signatures inconnues dont deux de fédérés, puis la mention suivante signée par les deux délégués du comité de surveillance, qui, comme nous Tavons vu, se tinrent presque en permanence dans le greffe de l'Abbaye pendant les massacres.
u II a été remis au citoyen Maillard deux cent soixante-cinq livres pour frais faits à rAbba\e.
« Le 7 septembre 1792, l'an iv' de la liberttS i" de l'égalité.
(( Chanet, Leicfamt. »
o'M HISTOIRE DK LA TERREUR.
La seconde est un procès-verbal commencé, le 2 septembre même, par six délégués nommés par le peuple souverain pour fouiller les cadavres en présence du peuple ; sur ces six délégués, trois étaient des gendarmes nationaux, anciens gardes françaises.
A la un du procès-verbal ils déclarent, dans leur stupide cynisme et dans leur français étrange, « attester la fidélité des cadavres qui ont été fouillés et remis avec fidélité ce qui a été déclaré. »
Le lendemain 3, l'inventaire des effets trouvés sur les cadavres continue, et le k septembre, à six heures du soir, a deux commissaires de la municipalité provisoire, après les avoir fait laver et nettoyer, procèdent à la vente en bloc des vêtements des différentes personnes qui se sont trouvées mortes dans la cour conventuelle de la ci-devant Abbaye de Saint-Germain-des- Prés, lesquels vêtements étaient en très mauvais état et mutilés, épars dans ladite cour. » Cette vente produit 375 livres 10 sols, « à charge par Tadjudicataire de faire enlever le tout d'ici à demain matin neuf heures et de payer comptant entre les mains des commissaires de la commune. »
Les dépouilles des victimes aux Carmes, aux Bernardins, à Bicétre, à la Salpétrière, paraissent avoir été abandonnées aux égorgeurs*.
Cependant, quelques jours après, la commune, sur la réclamation de plusieurs parents des victimes, reconnut que ces dépouilles appartenaient aux familles, et, le 23 septembre, elle prit un arrêté par lequel elle invitait « tous ceux qui avaient des réclamations k faire en effets et bijoux qui sont dans les prisons de Paris, appartenant à ceux qui sont morts, à se pourvoir dans l'espace de trois jours au secrétariat de la commune, annonçant qu'à défaut de réclamation dans ledit temps, lesdits effets seraient vendus au profit de la commune. »
En vertu de cet arrêté, les effets appartenant aux victimes de la Force et qui n'avaient pas été réclamés furent vendus, le 5 octobre, par les soins des citoyens Dangé, Moneuse, Jams, Michonis et Marino, membres du conseil général de la commune