Voir le Moniteur de 1793, p
3. Elle se troure tout entière dans le Moniteur du 10 férrier 1793, p. 190.
qui ordonne de poursuivre les prétendus auteurs des journées des 2 et 3 septembre. . . Ces journées, sur lesquelles on essaye de vous apitoyer éternellement, ne sont point telles qu'on se plaît aie répandre: le peuple ne savait-il pas que, pendant que le traître Louis allait effectuer une seconde évasion, les scélérats, détenus à dessein dans les prisons par des tribunaux contre^èvolutionnaires devaient en sortir tout à coup , se joindre aux chevaliers du poignard et égorger les patriotes?... Le premier mouvement de ceux qui s'armèrent pour aller à la rencontre des satellites de Brunswick fut de mettre leurs femmes et leurs enfants à l'abri de toute atteinte; ils se portèrent aux prisons, punirent les conspirateurs et mirent en liberté les innocents...
« Ces événements, si la morale les réprouve, la politique les Justiûe... Comme l'a dit un de vos membres, Isnard, les vengeances populaires sont un supplément au silence des lois'; et nous aussi qu'on accuse de cannibalisme, nous pleurons de bonne foi les innocents, n'y en eût-il qu'un seul ; et s'il a péri, est-ce au peuple qu'il faut s'en prendre?...
« Mais quels sont ceux que l'on voudrait punir?
« Est-ce le peuple de Paris et les fédérés? Vous aurez alors 800,000 hommes à punir. Est-ce une poignée de brigands soldés, comme le prétendent les aristocrates et les modérés? Dans cette hypothèse, le peuple serait encore complice, puisque par son silence il aurait adhéré à leurs exécutions. Cette procédure ridicule, qu'on veut intenter contre les auteurs des journées de septembre, n'est qu'un échafaudage contre-révolutionnaire... Votre décret a déjà donné lieu à une procédure dans la ville de Meaux; plusieurs de nos frères sont dans les fers et prêts à perdre la vie ; cinqiiante pères de famille ont abandonné leurs femmes et leurs enfants pour se soustraire aux persécutions des traîtres qui, au nom de la loi, veulent assassiner le peuple. Nous demandons que nos frères de Meaux soient mis en liberté, en vous observant qu'il existe une loi qui annule toutes les procédures faites et à faire pour cause de révolution. »
Les montagnards Albitte, Bourbotte, Poultier, Bentabole, Jean-Bon-Saint-André, demandent le retrait du décret du 20 janvier; Lanjuinais s'y oppose énergiquement, et s'écrie avec le courage dont il donna tant de preuves dans le cours de sa longue
carrière parlementaire : a Non, il est impossible de rejeter la responsabilité des affreuses exécutions de septembre sur le bon peuple de Paris! il est connu que les listes furent dressées par des hommes en place; on sait par quels ordres les victimes furent amoncelées dans les prisons ; on sait que les bourreaux salariés recevaient cent sous par tête. Des registres de sections, les registres de la commune portent en ligne de compte le prix de ces forfaits... 11 est donc vrai que ce furent, non pas des émeutes, mais des vengeances particulières; non pas des vengeances inopinées, mais des complots, mais des proscriptions. »
Au milieu du tumulte occasionné par la vigoureuse sortie de Lanjuinais, Grangeneuve, qui était peut-être le seul des Girondins qui ne dût pas intervenir dans ce débat, s'écrie : a Je demande que toute la France sache qu'il n'est pas permis de motiver ici un amendement qui contrarie les défenseurs de ceux qui ont provoqué les massacres de septembre. » A quoi le montagnard Ruamps lui répond par ce mot terrible : « Tais-toi, Grangeneuve; n'as-tu pas voulu faire égorger, dans les prisons de l'Abbaye, ton collègue Jouneau pour te venger de lui? » Grangeneuve balbutie et se contente de proposer que l'on continue la procédure contre les assassins de septembre, mais que Ton sursoie provisoirement à tout jugement.
Enfin, sur la motion de Lamarque, la Convention décrète: « Que les procédures relatives aux événements des premiers jours de septembre seront provisoirement suspendues, et renvoie la pétition des défenseurs de la République une et indivisible des quatre-vingt-quatre départements au comité de législation pour en faire son rapport dans trois jours. » {Collection des lois, décret du 8 février 1793.)
Certes les Jacobins devaient être satisfaits. Cependant ils avaient eu tellement peur pour leurs amis du comité de surveillance de la commune du 10 août, qu'à la séance du club, le 8 février au soir*, Thuriot s'écria : « Citoyens, demain, avant que les députés patriotes soient rendus à l'Assemblée, on cherchera à faire rapporter le décret qui suspend la procédure contre
1. JourncU dn DéiiQts et de la Correspondance iffis Jacobins, n° 353, p. i.
les citoyens arrêtés à Meaux; j'invite les citoyens qui sont ici à éveiller les patriotes de bonne heure, afin qu'ils soient rendus à dix heures précises à la Convention pour se mettre en mesure de faire expédier le décret rendu. La rigueur des poursuites que Ton exerce, ajoute Thirion, décèle un plan de contre-révolution ; on veut, en poursuivant les auteurs des justes ven* geances des 2 et 3 septembre, empêcher les patriotes dé se défaire des aristocrates qui sont encore dans le sein de la Republique. »
 cette occasion^ Tutvdes organisateurs des massacres, Billaud- Varenne , prononça un panégyrique complet des journées de septembre, panégyrique que n*ont fait que copier et amplifier tous les écrivains ultrà-révolutionnaires qui ont cherché à justifier ces effroyables journées. Comme il est la contre-partie complète de notre récit, nous devons le mettre sous les yeux de nos lecteurs.
« C'est le !•' septembre qu'on enlève à la ville de Paris les magistrats qui l'avaient guidée dans la révolution, et c'est le même jour qu'on apprend que Verdun est pris, que les ennemis s'avancent sur Paris. Soudain la voix de la patrie se fait entendre, les magistrats, quoique frappés d'un injuste anathème, font une proclamation. Au même instant la Convention révoque son décret de cassation, le peuple s'empresse de voler à l'ennemi ; mais il songe que les prisons regorgent de conspirateurs ; il sait que si les Prussiens s'avancent, c'est pour délivrer leurs complices et leurs agents secrets ; il sait qu'il laisse des 'femmes, des enfants, et pour leur sûreté il immole les premiers ennemis qu'il rencontre sous sa main... Cette vengeance terrible arrêta le roi de Prusse pendant six jours. La crainte de voir la famille royale tomber sous les coups d'un peuple justement irrité arrêta la marche des Prussiens... Si vous voyez un crime dans un transport révolutionnaire, punissez les vainqueurs de Jeramapes, punissez les héros qui ont sauvé la liberté; punissez enfin tout le peuple de Paris... »
L'apologie de Billaud-Varenne fut naturellement couverte d'applaudissements. Un membre du club vint le lendemain rassurer ses collègues, et leur annoncer u que le décret du 8 février n'avait pas été rapporté, que le ministre de la ju»-
tice s'était empressé de Texpédier au tribunal criminel de Seineet-Marne et d'engager en même temps les magistrats à ne faire essuyer aucun mauvais traitement aux patriotes détenus à Meaux *. »
Depuis cette époque jusqu'au 31 mai , la lutte de plus en plus animée entre la Montagne et la Gironde ramena souvent à la tribune le souvenir de septembre, mais aucune mesure législative ne fut prise ni pour ni contre les organisateurs des massacres et encore moins contre leurs complices. Aussitôt après la chute définitive et complète de ses adversaires, la Montagne voulut signaler son triomphe en ordonnant la cessation de toutes poursuites contre les individus qui, de près ou de loin, pouvaient être inquiétés pour leur participation aux massacres des prisonniers, et surtout en reconnaissant aux prétendus tribunaux établis dans le greffe des prisons le droit d'absolution qu'ils avaient arbitrairement exercé*.
Le 28 octobre 1792, le ministre de la justice Garât, qui avait succédé à Danton, avait adressé à la Convention un rapport qui pèsera à jamais sur sa mémoire, et dans lequel, après avoir atténué autant qu'il était en lui le crime de septembre, il posait cette question :
(( Les prévenus de crimes et délits non politiques élargis par le peuple doivent-ils être encore soumis au jugement des lois'? »
La Convention avait renvoyé ce rapport à son comité de législation ; celui-ci n'osa pas prendre un parti tant que la lutte entre la Montagne et la Gironde subsista ; la discussion sur le rapport de Garât aurait été le signal des débats les plus violents. Mais aussitôt que le comité sut à quoi s'en tenir sur le résultat de V insurrection morale dont la Montagne avait donné le signal et dont les Girondins furent les victimes, il s'empressa de conclure dans le sens des victorieux. Un député assez obscur, nommé Azéma, déposa un rapport sur la décision
L Journal des Débats et de la Correspondance des Jacobins, n° 354, p. 2 et 3.
2. 1° Voir le Journal des Débats et Décrets, page 5, n° 75 de la Coayention, i" et 2 décembre 1792, p. 30.
3. Voir le Moniteur du 13 novembre, page 1351, et les Révolutions dé rarw,nM75, p. 344-348.
que Garât avait sollicitée des lumières de la Convention*. Ce rapport, apologie déguisée des massacres de septembre, atténuation assez habile des horreurs commises par les assassins, concluait à faire considérer les juges improvisés de T Abbaye et de la Force comme de vrais magistrats qui avaient eu plénitude de juridiction et dont les décisions souveraines devaient être respectées *.
Depuis le 31 mai on discutait à peine à la Convention, et toutes les propositions faites par les divers comités avec l'assentiment des nouveaux dictateurs étaient immédiatement et silencieusement adoptées. Le 10 juin, la Convention nationale rendit donc le décret dont la teneur suit :
« La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de législation sur le mémoire du ministre de la justice, concernant les événements arrivés les 2 et 3 septembre dernier et touchant le sort des prisonniers élargis à la suite de ces événements, décrète que ceux qui ont été élargis dans les journées des 2 et 3 septembre dernier ne pourront point être poursuivis pour les mêmes faits qui avaient donné lieu à leur détention, et que ceux qui ont été arrêtés pour ces mêmes faits seront mis en liberté, à l'exception, néanmoins, des prévenus d'assassinat, de vol avec effraction, de faux brevets au nom de la nation, de fabrication de faux assignats et monnaie, et de conspiration contre la sûreté intérieure et extérieure de l'État^
Ce décret fut complété par un autre du 19 juillet rendu sur le rapport de Dartigoyle et ainsi con(;u :
1. I^ rapport d*Az(^ma n'est point au Moniteur. Nous en avons retrouvé un exemplaire imprimé.
2. La tluînric du coinitô île h'pslution «'tait la mime qu'avait soutenue le défenseur de Cazotte dans le d»}clinatoire pri^senté par lui le 21 septembre au tribunal extraordinaire, au moment oùcclui-ri s'apprêtait à jup;«Tce malheureux vieillard acquitti* par le tribunal do Maillard. (Voir papo 280 de ro volume.) Azi'-ma aurait dû, s'il avait éU' lojiique, demander que l'on réhabilitât la mémoire de Cazotte; il aurait dû aller au tribunal révolutionnaire servir de défenseur au vieux Sombreuil qui se trouvait dans le même cas, mais il n'y songea seulement pas.