LIVRE IX
le 17 août, s'était joint à Victor de Broglie pour protester contre les décrets du 10^.
Les trois coinniissaires de l'armée du Midi, Gasparin, Rouyer et Lacombe-S^int- Michel, dont les pouvoirs s'étendaient depuis Besançon jusqu'au Var, ne rencontrèrent aucun obstacle dans racconriplissement de leur mission. Au camp de Cessieux, près de Bourgoin, ils trouvèrent le général Montesquiou tout disposé à reconnaître les décrets de l'Assemblée et à les faire acclamer par son armée ; malgré cette réception brillante, les commissaires durentsuspendre et remplacer un grand nonibre d'officiers suspects d'opinions inciviques.
Les protestations qui se multipliaient pour ainsi dire sous les pas des commissaires envoyés auprès desdiverses armées n'étaient pas de nature à rassurer l'Assemblée. Le 20 août, sur le rapport de Lasource, elle rendit le décret suivant :
« Tous les généraux en chef, les olliciers généraux et autres officiers de tout grade qui auraient été destitués ou suspendus soit par le pouvoir exéeutif, soit par les commissaires de l'Assemblée nationale, soit par l'Assemblée nationale elle-même, seront tenus de s'éloigner sur-lechamp aune distance de vingt lieues au moins de l'armée
\, Nous donnons, à la un de co volume, le texte môme de la letlre adre>séc par Richelieu d'Aiguillon à l'Assemblée, et dans laquelle il s'élève contre le despotisme « qui , détruit en 1789 , est prôt à renaUre sans cesse sous une autre forme. » Rien ne peint mieux le changement apporté dans l'esprit du siècle que ces protestations contre le despotisme signées par le petit neveu du cardinal de Richelieu, par le ûls môme du favori do Louis XV et de l'ami de M"'" Du Barry.
OÙ ils étaient employés, et ne pourront se rapprocher à une moindre distance des autres armées sous peine de détention pendant tout le temps de la guerre. Ils seront tenus en conséquence de justifier au pouvoir exécutif du lieu de leur domicile par une déclaration de la municipalité. »
Les commissaires qui avaient été chargés d'inspecter l'armée de Luckner étaient, on s'en souvient, Kersaint, Peraldi et Antonelle, que La Fayette avait fait arrêter. Après leur délivrance, ils se hâtèrent de revenir à Paris faire le rapport de tout ce qui leur était arrivé, et ne purent remplir leur mission jusqu'à la fin. Ils furent remplaa»s par Laporte, Lamarque et Bruat^. Mais quand ceux-ci arrivèrent à Metz, le commandement de l'armée campée aux environs de cette ville venait de passer des mains de Luckner dans celles de Kellermann.
Luckner, par ses tergiversations, par ses lettres k double entente 2, avait inspiré les plus grandes défiances. Aussi personne ne fut-il étonné lorsque le ministre de la guerre annonça à T Assemblée nationale, le 23 août, qu'il avait
1. Ces nouveaux commissaires avaieut été nommés le 20 août (voir le Moniteur, p. 995) sur le rapport de la commission extraordinaire. Ils reçurent la démission d'un certain nombre d'officiers de Tarméede Luckner qui crurent, eux aussi, que le serment qu'ils avaient prêté à la Constitution de 1791 no leur permettait pas de prêter celui qu'on leur demandait. Parmi ces démissions, une nous a frappé d'abord, parce qu'elle est aussi simple que noble et ensuite parce qu'elle est signée d'un nom qui est depuis plus de cent ans, en France, le symbole du dévouement et du couru<,'e : celui de d'Assas. Nous la donnons à la fin do ce volume.
2. Voir les lettres do Luckner dont le ministre do la guerre vint donner lecture à l'Assemblée dans les séances des 47 et 23 août. Moniteur, p. 979 et 1009.