Voir la noto II du premier volume
Les colères démagogiques poursuivaient non-seulement les prêtres insermentés, mais jusqu'aux sœurs de charité qui, encore à cette époque et au milieu des troubles populaires, continuaient de se dévouer au service des pauvres et des malades. Dans une lettre écrite à l'Assemblée par la section du Roule, •en date du 24 août [Journal des Débats et Décrets, jwiges 33 et 3:j, n<» 331; Moniteur, p. 4010), nous voyons « que les sœurs grises de la paroisse de la Madeleine furent enlevées do la maison qu'elles occupaient encore et conduites devant le conn'lé civil de la section. » Une po{»ulaco furieuse les entourait, les accablait d'injures et de menaces. Il fallut l'intervention de doux membres do l'Assemblée nationale, envoyés par elle, pour apaiser le tumulte et faire réintégrer les pauvres sœurs dans leur domicile.
Dans une autre lettre, adressée à la Législative par la section des Quinze- Vingts, et postérieure de quclcjucs jours, nous lisons la dénonciation suivante: « Les sœurs grises qui desservent l'hôpital des Knfants-Trouvés du faubourg Saint-Antoine, se sont constamment refusées, en 1790, à prêter le irnnenL que la loi ordonnait à tout fonctionnaire public. » — Les s(rurs grises transformées en fonctionnaires publics!!! — 'c Ces- sœurs insinuent dans l'esprit des enfants les principes les plus dangereux, jus(iu'à leur persuader que s'ils communiaient de la main d'un prêtre assermenté, ils recevraient le diable au lieu de Dieu; elles ont constamment favorisé les prêtres réfraclaires et au mépris de toutes les lois, elles en ont toujours retiré
jour par rAssemblée, encouragée par la commune insurrectionnelle, pratiquée en grand par tous les jacobins de Paris et des départements, il n'était pas à craindre que les dénonciateurs vinssent à manquer contre les ecclésiastiques désignés légalement à la haine de tous les démagogues. Cependant on trouva plus commode de substituer à Tarrestation individuelle sur simple soupçon la déportation collective, en attendant que la commune de Paris et ses imitateurs, dans quelques autres localités, inventassent une simplification nouvelle : regorgement en masse.
Chaque jour, à l'Assemblée législative, la Montagne pressait la commission extraordinaire de déposer le rapport qu'elle avait été chargée de faire sur le mode et le lieu de déportation des prêtres insermentés. On est tellement impatient d'en finir avec cette question brûlante que la discussion s'engage, le 23 août, sur un projet présenté par un membre (Benoiston) , en son nom particulier, et aux termes duquel tous les prêtres insermentés doivent sortir du territoire dans le délai de quinze joiu^. Cambon propose de les déporter à la Guyane française, où l'agriculture manque de bras. « Oui, ajoute Lacroix, il faut débarrasser, la France de cette peste publique^, mais il ne faut pas blesser la morale des nations en les envoyant empoisonner nos voisins. Du reste, ajoute-t-il ironiquement, en les transportant à la Guyane,
chez elles. D'après cet exposé succinct, vous jugerez, législateurs, si de pareilles femmes doivent continuer réduc^tion des enfants de la patrie. »