‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 53 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

se furent dénoncés eux-mênaes et qu'ils eurent déclaré qu'ils étaient prêts à obéir à la loi, au lieu de leur remettre le passe-port qu'il leur avait fait espérer, le comité de surveillance les envoya au séminaire Saint-Firmin et aux Carmes, • provisoirement , disait-on, et pour attendre une translation générale qui devait les garantir de tout outrage, de toute vexation, de toute violence. Les massacreurs de septembre les y trouvèrent et changèrent leur arrêt de transportation en un arrêt de mort^.

Dès le 15 août, Merlin (de Thionville) avait proposé que les femmes et les enfants des émigrés fussent considéivs comme les otages de la nation. Le 18, la commune avait demandé qu'ils fussent réunis dans des maisons de sûreté^.

4. Les prêtres insermentés, qui avaient huit jours pleins à partir da 29 août, jour de la promulgation de la loi, pour sortir des limites du dt'parlemenl, ne pouvaient être légalement arrêtés le 31 août et le 4*' septembre. Le comité de surveillance, jouant sur les mots, no les renferma donc pas dans des prisons proprement dites, mais bien dans des lieux de d^pôt, dont l'établissement n'était prévu, ni par la loi, ni même par l'arrêté municipal. Ainsi s'explique naturellement pour- <lûoi il ne fut pas établi de registre d'écrou pour les Carmes ni pour Sdint-Firmin: les noms des malheureux que, grâce à son odieux strataiï'^me, le comité de surveillance avait fait déposer dans ces deux malins furent à peine inscrits sur des feuilles volantes sans caractère ^uiheoiique. Aussi, après les massacres, fut-il beaucoup plus difficile ^^ constater le décès des malheureux prêtres, que celui des victimes ^^gées dans les autres prisons.

^> La di)>cussion sur les enfants et veuves d'émigrés est à peine men-

100 HISTOIRE Dt: l\ TERREUR.

Le ï23 au soir, Merlin renouvelle sa motion en rappelant le vœu émis par la commune. Il est appuyé par Bazire, qui déclare que le moyen proposé par son ami est conforme à la plus siiine politique* que, pour arrêter la rage des ennemis de la nation, iou^ les mogens sont bons, tous sont justes. Mais Thuriot, ce jour-là heureusement inspiré, s'écrie : « Vous voulez faire déclarer que les femmes et les enfants sont pour nous des otages? Qu'entendez- vous par là? Voudriez-vous punir les enfants du crime de leurs parents? I^ France serait déshonorée si on adoptait le système barbare et sanguinaire de M. Merlin. Il n'y aurait pas de bourreau en France, capable d'assassiner l'enfant dans les bras de sa mère parce que son père aurait porté les armes contre sa patrie. Il faut repousser avec horreur cette mesure... »

Ces belles paroles arrachent dos applaudissements aux représentants et même au\ spectateurs des tribunes, et l'Assemblée, en proie à la plus vive émotion, passe à l'ordre du jour.

Pour combattre nos ennemis, tous les moyens sont bons. Efiroyabie maxime qui , proclamée tour à tour par les démagogues et par les su|jpôls de la tyrannie, tendrait à amnistier les crimes dos populaces et les coups d'Etat des despotes! On la préconisait, on la mettait chaque jour en pratique dans le sein de TAssemblée nationale de France. Un députt», qui ne comptait pas cependant

tionnée dans le Moniteur, p. 1007 et 4008. Elle est reproduite avec plus de détails dans le Journal des Débats et Décrets, n° 331, p. S8 et suivantes.

parmi les plus fougueux montagnards , Jean Debry, propose l'organisation d'un corps de douze cents volontaires se dévouant à attaquer corps à corps les tyrans en guerre avec la France et les généraux qui commandaient leurs armées. Cette motion fait bondir d'enthousiasme Chabot et Merlin ; ils s'écrientqu'aussilôt qu'ils auront cessé leurs fonctions législatives, ils iront s'engager dans le corps des vengeurs de l'humanité. Quelques observations sont cependant hasa!*dées contre le sublime projet. Mailhe se charge de les réfuter. « On ne doit pas, dit-il, raisonner sur la guerre actuelle comme sur les guerres anciennes. La guerre actuelle est une lutte à mort. Il n'est rien qui ne paraisse juste pour soustraire un peuple à l'esclavage. ))

La motion de Jean Debry avait toutes les chances d'être acceptée, lorsque Vergniaud, qui ne peut pas plus longtemps contenir son indignation, laisse enfin échapper de son cœur le cri de l'humanité et de l'honneur :

tt Je ne traiterai pas cette question, dit-il, sous le rapport de la moralité. La solution en est dans toutes les âmes. Je n'examinerai pas la question de savoir si c'est à nous de délivrer les peuples étrangers de leurs tyrans, ou si c'est à ces peuples eux-mêmes. Nous faisons à nos ennemis une guerre franche et loyale. Ce n'est pas l<î peuple français, ce n'est pas un peuple libre qui <lonnera le premier l'exemple de semblables moyens ^nlre ses ennemis. »

Son collègue et son ami Sers (de Bordeaux) ajoute : " L'Assemblée ne peut rendre la loi qu'on lui propose

sans se déshonorer ilevanl toutes les nations civilisées. » Néanmoins re\tr>}nie eaiiohe ileniande le renvoi à la commission extra* 'Mlinnife. « Ce renvoi seul, s'écrie Larivi»»re, serait une oiTi'nse au iH^u[»Ie français. »» Il est. mal.;:i\? tout, di*m:lf: l'AsM^nibliv «KVide implicitement que la théorie de ra>siis>inat s»^ra soumise aux délibérations de son comité*. Celui-i*i, liàtons-nnus de le dire, o«fr//rt de présenter un rapiH»rt «jue. du reste, on oublia de réclamer de lui.

Pendant «pie Ion disi^'utait à l'Assemblée sur le sort des pivtres inseruit^ntes, des fennnes et des enfants d'émii^res, ou ehercliait à suivxciter les pissions de la population parisimne par Tappaivil d'une fête funèbre « en riionueur «les «unqueranls de réi:alité et de la liberté, morts le U) août, au massaere de la Siiint- Laurent, » comme «lisaient les journaux jacolmis. Les apjMvts de cette lete avaient rli» ordonnés par Serpent, l'un de ceux qui, huit juins [«lus tard, devaient présider aux nia>sai ivs dt* si'pi«'uilne. Ils axaient éle combinés de manirre ii accinilie 1«'S roléres et les liaines des masses, déjà enlievrées [uu* les nnuvt»lles des frontièivs et les arrusaliuns de trahison lancées vairuemenl du haut de la tribune.

Au milieu du jardin cK»s Tuileries, que l'insurrection avait dévasté, sélevail un obi'listpie colossid avec cette inscri[»tion :

sillnce! us UlirOSLM.

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