‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 54 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Sur des bannières portées par des volontaires à cheval, on lisait la liste des principaux massacres que les démagogues imputaient aux royalistes et aux constitutionnels :

Massacre de Nancy.

Massacre de Nismes.

Massacre de Montauban.

Massacre d'Avignon.

Massacre de la Chapelle.

Massacre de Carpentras.

Massacre du Champ-^e-Mars^ etc.

Sur d'autres bannières s'étalaient des phrases comme celle-ci :

« Pleurez, épouses, mères et sœurs, la perte des vielimes immolées par des traîtres; nous jurons, nous, de les venger! »

Le sarcophage s'avançait lentement, traîné par des bœufs. Ensuite apparaissait la statue de la Loi, suivie des juges de tous les tribunaux ; puis, celle de la liberté, portée par des gardes nationaux.

Une tribune aux harangues était placée au milieu de l'amphithéâtre occupé par les députés, et Marie-Joseph Chénier, le poëte et l'orateur officiel du moment , prononça l'oraison funèbre « des illustres victimes de la tyrannie. »

Celte fête était toute païenne. Pour la première fois, depuis le commencement de la révolution, la religion ne fut point appelée à prier sur le cénotaphe des morts ^ont on honorait la mémoire. C'est que, s'il y avait en-

core une religioq de nom, il D*y en avait plus de fait. Les prêtres catholiques étaient proscrits, les prêtres constitutionnels méprisés. Ceux qui soutenaient le nouveau culte au moyen des plus violentes persécutions, Técartaien» par pudeur de leurs cérémonies publiques. Les organisateurs de la fête avaient espéré frapper et émouvoir Tesprit des masses , en étalant à leurs yeux un spectacle qu'ils croyaient imposant et qui n*était que ridicule. L'efTet ne répondit pas à leur attente. La foule ne se montra ni silencieusement recueillie, ni profondément affligée, comme le lui recommandait le programme officiel. L*indiflerence la plus complète régna parmi ces spectateurs, qui étaient censés pleurer des frères et honorer des martyrs*. On s'occupa fort peu de la harangue de

\ . Voir la description de celle fôle dans les Révolutions de Paru, de Pnidbomine, n° CLXIV. MM. Bûchez et Roux Tont reproduite dans leur Histoire parlementaire, t. XVII, p. 209 et suivantes.

Cette de.^cription ne saurait être taxée de partialité en faveur du parti vaincu; c'est un crime que l'on ne put jamais imputer au journalisle Prudhomrac. Cependant on y trouve des aveux précieux à enregistrer; il peine ont-ils besoin de commentaire.

a Les gardes nationales se montrèrent en foule à ceWe fête, pour se dédommager apparemment de ne s'être pas montrés le jour de Taction... Cette cérémonie lugubre, et dont le sujet devait tour à tour inspirer le recuoilIcMiient de la tristesse, et une sainte indignation contre les auteurs du massacre dont on célébrait la commémoration, ne produisit pas généralement cet eiïet sur la foule des spectateurs; dans le cortège, le crêpe était à tt)us les bras, mais le deuil n'était \^)\\\i sur les visagos. Un air de dissipation, et môme une joie bruyante, contrastaient d'une manière beaucoup trop marquée avec les symboles de la douleur et en détruisaient l'illusion. »

Quelle réponse péremptoire, faite d'avance par Prudhomme aux historiens modernes, qui ont prétendu que la révolution du 40 août

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