LIVRE X. U
La coQimunicâttoQ ministérielle provoque de nouvelles plaintes; les accusations trop longtemps contenues éclatent de toutes parts ; ce sont les JVIontagnards qui en donnent eux-mêmes le Signal. Choudieu déclare que les représentants provisoires de la ville de Paris ont désorganisé Tadministration publique, usurpé des droits qu*ils ne possédaient pas, et démérité de la confiance de leurs concitoyens.
« Il faut, ajoute Gambon, il faut que Ton fasse représenter à la commune les pouvoirs qui ont dû lui être donnés parle peuple; et si le peuple n'en a pas donné, on doit le faire rentrer dans ses droits... Car, s'ils n'ont pas de pouvoirs, ce sont des usurpateurs, et ils doivent être punis comme tels*. »
fougueux do la nouvelle commune; mais rexagération ne donne pas le talent, et ces trois forcenés n'avaient pas la même expérience et n'inspiraient pas au commerce d'approvisionnement la môme confiance que les trois anciens administrateurs du département des subsistances : Lesguillez, Thomas et Bidermann. Lesguillez était président du tribunal de commerce; Bidermann, banquier, et Thomas était Fami intime de Pétion. (Voira cet égard la Chronique de cinquante jours, de Rœderer.)
^^. Moniteur, p. 4043; Journal des Débats et Décrets, p. 160. ^Bois quelques jours, Gambon avait des griefs presque personnels VKre la commune, car ils touchaient à la régularité des payements du trésor que le célèbre financier de la Législative et de la Convention regardait comme sa chose propre. Le 22 août, les commissiiires de la Commune avaient mis les scellés sur la caisse de Textraordinaire et arrêté court tout le service. Quelques heures après, il est vrai, les scellés furent levés; le conseil général de la commune déclina la responsabilité de cet acte plus qu'insolite et la rejeta sur des subalternes qui avaient, disait-il, outre-passé ses ordres. (Moniteur, p. «002.)
L'Asserubléo décide que la conlnli^sîon extraordinaire examinera la conduite de la municipalité provisoire. Les dénonciations n'en continuent pas moins^ non plus sur les faits généraux, niais sur les actes personnels de certains des deux cent quatre-vingt-huit.
Le ministre Roland se plaint de ce qu*UD inuDÎcipal ait enlevé du garde-meuble un [x*lit canon, dît de Siam, garni en argent. Choudieu lit une lettre de Restout, inspecteur de ce dépôt national, qui confirme le fait et qui raconte que le même municipal y après lui aygSt remis un reçu en forme de sa capture, est revenk lèrMindemain, qu'il a fait enlever une armoire pleine d'effeis, qu'il a ordonné d'ouvrir les secrétaires de personnes habitant l'hôtel, et enfin emporté des armes et des papiers. Cambon propose , aux applaudissements de toute l'Assemblée , que ceux qui ont commis un acte aussi étrange, comparaissent à la barre pour y rendre compte de leur conduite.
« Lorsque avec deux de mes collègues, raconte à son tour Larivière, je fus chargé de dresser l'inventaire dos objets appartenant au roi , j'aperçus un particulier revêtu^ (l'une écharpe et se disant membre du corps muni il avait rempli ses noches d'effets pris au château. N chargeâmes un oflicier numicipal dont nous connais^ sions la probité de lui faire restituer ces effets et de fair^ examiner sa conduite...
u Que le peuple sache qu'il a été trompé dans so^ choix, et qu'il porte l'examen le plus sévère sur ce^ sortes d'êtres ambitieux , qui ont profité de cette cri^^
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pour usiirf)or les pouvoirs... 11 faut que l'on purge la société de ceux qiîi la déshonorenl *. »
L'heure du juffeîheiit semble être arrivée pour les dominateurs de THOtfif de Ville. C'est encore Chôudieu cjtii, s'élançanl une troSsième fois à la tribune, oSnonce le plus récent des attentats commis par la cominune de Paris contre la liberté individuelle et la liberté de \i presse.
Dans la personne de quel écrivain, ces principes sacrés vienQ6Dl-ils d'être violés? S'agit-il de quelque citoyen thêcSt^cni suspect de royalisme? Non, celui que menaceni^idi foudres municipales à préparé par ses écrits iMnsùrrection du 10 août; il a été des plus ardents à etl saluer le triomphe; il a toujours compté, il compte encore parmi les membres du clul) des Jacobins. Seulement, quoique républicain sincère, ou plutôt a cause de la sincérité même de son républicanisme, il à essayé de résister au flot montant de la marée démagogique; mais il a un autre tort, il est rédacteur du Patriote français,
le journal de Brissot.
La commune, dont Robespierre était l'oracle, épou- ^it toutes les haines du rancuneux tribun, et, n'osant pas ■bcore s'attaquer directement àfhomme d'État de la
Cironde, elle voulait frapper à ses côtés son ami le plus
intime.
Girey-Dupré avait publié "te 28 août, en tête des faits
Paris, trois lignes ainsi conçues ^ :
<. Moniteur y p. 4035 ; Journal des Débais el Décrets, p. 460. 2. Patriote français, p. 1114.
« Les élections commencent aujourd'hui^, la Corn" imine a arrêté de faire des visites domiciliaires pour forcer les citoyens à donner leurs fusihou à marcher. »
Cette nouvelle n'était pas d*ine parfaite exactitude; mais au moiDent oii écrivait le journaliste, au moment cil paraissait son journal (le 28 août au matin), pouvait-il prévoir que la Législative, sur la demande de Danton, s'approprierait quelques heures après le projet municipal? Sans doute, il était permis à la commune de contraindre un journaliste à la rectification d'une erreur; elle pouvait même en requérir [la punition judiojaire; mais, habituée à mépriser toutes les formes, Hfibser par-dessus toutes les lois, elle avait trouvé beaucoup plus simple d'ordonner que l'éditeur du Patriote français comparût dans les vingt-quatre heures à sa barre « pour s'expliquer sur l'imposture qu'il avait imprimée dans sa feuille. »
Fort de son droit, Girey-Dupré avait répliqué à cette citation extra-légale par une lettre que Choudieu lit au milieu d'un silence imposant.
« Vous m'avez mandé à votre barre, écrivait le jeune publiciste au conseil général ; je ne m'y rends pas, parce que vous n'avez pas iè droit de m'y mander, parce qu^ je connais et que je nialntiendrai mes droits. Si vous vous croyez calomniés ou insultés, il est des tribunaux où je vous attends; mais vous n'êtes pas un tribunal et encore bien moins pouvez-vous juger dans votre propre
1. Les élections primairos cominoncèrenl le 27 aoiil* celles des députés à la Convention, le t septembre.