LIVRE XI
comité de surveillance , leur complicité est manifeste, palpable, éclatante. Plusieurs des membres de la commune président , revêtus de leur écharpe , aux massacres de la Force 9 d'autres se tiennent en permanence dans le greffe de T Abbaye ou se présentent dans diverses prisons, s'informant si tout marche* bien et si Ton n'a pas besoin de renfort.
Quant aux mobiles qui firent concevoir, méditer, préparer, exécuter le crime de septembre, il yen avait de deux sortes. Pour certains organisateurs des massacres, il s'agissait de se perpétuer dans la dictature qu'ils avaient usurpée; pour d'autres il fallait, n'importe à quel prix, ne pas rendre de comptes; pour tous, il fallait mettre un fleuve de sang entre eux et leurs ennemis.
Dans ce but, ils cherchèrent à inoculer au corps social tout entier le mal de la peur, ce mal qui surexcite les passions, exaspère les souffrances, en désigne arbitrairement les auteurs vrais ou faux à d'aveugles soupçons, et qui, après ce moment d'exaltation et de fièvre, jette les masses populaires dans l'abattement et la prostration, pour les livrer aux expériences aventureuses du premier empirique s'offrant à les régénérer. « Vous avez horreur du sang, s'écriait un des sicaires de la commune,
pagne. C'est un mensonge impudent. Toutes les pièces émanées ce jour-là du comité de surveillance sont revêtues de sa signature. Il est impossible de s'arrêter un instant aux assertions contenues dans les Mémoires de Sergent. Toutes celles que nous avons pu vérifier se sont trouvées fausses. Nous avons dû écarter soigneusement son témoignage de notre récit et nous plaignons sincèrement les historiens qui l'ont pris pour guide.
492 UtSTOlRÉ DE LA TERiHEUlt.
en donnant aux portes de TAbbaye le signal des mas* sacres , il faudra bien que vous vous y accoutumiez. » Tels étaient le calcul et Tespérance de Maral et de ses émul
Les organisateurs des massacres ne réussirent qu'à demi dans leurs projets. Paris ne fut pas amené au paroxysme de la rage, il fut seulement frappé de] stupeur; il y eut même, quelques jours après, une réaction assez violente, qui permit un instant d* espérer que la liberté n'irait pas s'abîmer et se perdre dans la plus effroyable des tyrannies, la tyrannie de la rue. Il fallut encore près d'un an aux Danton, aux Robespierre, aux Billaud-Varennes, pour établir sans conteste leur sanglante dictature. Leur crime à peine consommé, ils avaient, il est vrai, réalisé la première partie de leur programme : ils s'étaient imposés aux électeurs de la capitale ; ils avaient fait entrer dans la fameuse députation de Paris, leurs principaux complices, tous ceux qui, suivant l'expression de Collot-d'Herbois, avaient adopté pour Credo la glorification des massacres de septembre^; enfin, ils avaient assuré l'impunité des vols et des déprédations de leurs agents subalternes.
La Convention, aussitôt après son arrivée, voulut, il est vrai, voir clair dans la gestion des dictateurs de
4 . Voir la discussion relative aux causes des mai^sacres de septembre qui eut lieu aux Jacobins. {Moniteur du 14 novembre 1792, p. 4354). Voici les paroles textuelles de Collot-d'Herbois : « Le 2 septenabre eât lo grand article du Credo de notre liberté. Sans cette journée, la révolution ne se serait jiimais accomplie. Il n'y aurait pas de liberté, il n'y aurait pas de convention. »