LIVRE XI
THôlel de Ville; elle réclama, exigea même avec insislance la production des comptes et la punition des concussionnaires; mais ceux-ci avaient, dans le sein même de l'Assemblée, de puissants protecteurs qui ne souffrirent pas qu'on poursuivît les recherches jusqu'au bout. La lutte soutenue par les voleurs et leurs patrons contre ceux qui avaient l'audace de vouloir porter l'œil de la justice dans les ténébreuses affaires de la commune et au comité de surveillance, dura, tantôt latente, tantôt <l^larée depuis l'installation de la Convention jusqu'à ^ chute de la Gironde. Les usurpateurs du 10 août eurent ainsi deux comptes à régler : le premier, avec ^ux qu'ils avaient fait arrêter à la suite des visites domiciliaires : ils le terminèrent en les massacrant le 2 septembre à l'Abbaye et à la Force; le deuxième, ^^ec ceux qui voulaient leur faire rendre gorge : ils le '^glèrent en les chassant, le 31 mai, du sein de la ^présentation nationale, et en les faisant monter sur '*échafaud le 31 octobre 1793.
Que l'on ne nous accuse pas de donner des motifs si bas ^ Qes actions si grandes^ et de faire descendre l'histoire ^ la sphère élevée où elle doit toujours se maintenir. ■^our sonder la profondeur des crimes que nous nous ^tnmes donné la mission de raconter, nous ne devons P^s craindre de pénétrer dans les bas-fonds de la so- ^té, de tirer de la fange et de traîner à la lumière ces Sommes que le sang qui les couvre n'a pu rendre inviolables. Si le vol et la rapine ont accompagné l'assassinat, nous devons à la vérité, que nous avons promis de ^re tout entière, de conduire nos lecteurs dans les bouges, m u
OÙ se comptenl et se partagent les pièces d'or encore tâchées du sang des yictimes. Nos tableaux sont, il est vrai, biea loin de ressembler aux peiotures fantastiques que quelques écrivains se sont plu à tracer , lorsqu'ils nous ont représenté les massacreurs, leurs chefs et leurs complices comme des sacrificateurs d'hécatombes nécessaires, comme des Titans escaladant le ciel sur des montagnes de cadavres, comme des Curtius se précipitant, pour le salut de la patrie , dans le gouffre béant de Tim* popularité. Non, les hommes qui se firent les compUcei de Marat n'étaient rien de tout cel^; pour la plupart, c'étaient des comptables infidèles, des violateurs de dépôts publics, des briseurs de scellés^, des escrocs, pis encore, — des mouchards -.
Nous avons vu, dès le 19 août, Marat prêcher Taftsassinat des prisonniers. C'est à cette date qu'il faut faire remonter la pensée première du complot qui éclata le 2 septembre.
Le comité de surveillance s'était chargé de préparer les esprits à cette effroyable idée; il faisait répandre partout
4 . Nous nous servons des expressions mêmes de la délibératioB di conseil général de la commune, en date du 40 mai 4793. CeUe délibération et les autres pièces qu'on trouvera à la fin de ce volume, prouvent surabondamment toutes les déprédations qui furent reprochées, à bon droit, aux organisateurs des massacres de Paris et de Versaillei.
%. Voir à la fin du volume la noie sur Maillard etsa bande.