LIVRE XI
les maisons des révolutionnaires seront sur l'instant livrées au {Nllage, les biens épargnés confisqués par le roi ^. » Un autre incident commenté, amplifié, propagé par les affidés de la commune , sert encore à surexciter les passions des masses déjà si perfidement éveillées.
4. La plupart des historiens de notre époque, et notamment MM. Bûchez et Roux, dans leur Histoire parlementaire, t. XVII, p. 404, M. Louis Blanc, t. VII, p. 138, ont commis une erreur capitale à l'occasion de cet article ; cette erreur les a entraînés dans une série de raisonnements par lesquels ils établissent la complicité des Girondins dans les massacres de septembre. Singulière complicité, il faut le reconnaître, qui se traduisait par des mandats d*arrôt lancés ooDtre Roland, Brissot et leurs amis! Mais les contradictions ne coûtent pas à ceux qui veulent, afin de diminuer le poids qui pèse sur chacune, étendre sur le plus de tètes possible la responsabilité du crime.
Nous nous sommes assez sévèrement expliqué, à maintes reprises, à regard des Girondins, pour ne pas être taxé de partialité envers eux lorsque nous croyons devoir défendre leur mémoire d'une altaque aussi injuste qu absurde. Les historiens jacobins accusent Gorsas, rédacteur du Courrier des départements, d'avoir sonné le tocsin de septembre on imprimant lui seul, ou du moins le premier, dans son numéro du î septembre, une pièce si manifestement fabriquée, ainsi que le reconnaissent dans leur bonne foi MM. Bûchez et Roux eux-mêmes. Or, tout l'échafaudage des raisonnements entassés pour bâtir cette accusation tombe par le seul fait que le journal de Gorsaset les autres feuilles girondines furent les dernières a reproduire le fameux plan. Nous avons fait à cet égard les recherches les plus minutieuses, et voici quel en a été le résultat:
Le premier journal qui ait donné cette pièce est la Gazette nationale de France (numéro du 34 août), qui était alors dans les mêmes mains que le Moniteur, celles de l'imprimeur Pankoucke; le lendemain Farticle est reproduit par le Moniteur lui-même, où tous les historiens dont nous venons de signaler l'erreur grossière auraient pu le lire à la colonne 3* de la page 4 037. Le 2 septembre, il est donné par le Jowrnal universel, d'Audouin, par la Chronique de Paris et par le Courrier des départements ; le 3 septembre, par le Patriote français.
tm HISTOIRE DE LA TERREUR.
Un chcinvtier de Vaii£rn*anlf nommé Jean-Julien, avait été condamné par le tribunal criminel ordinaire à douze ans de travaux forcés et à Texposition. Pendaut qu'il subit cette dernière peine sur une estrade dressée en place de Grève, il insulte la foule par des gestes obscènes et se met à crier : Vive le roi I Vive la reine ! Vive Lbl Fayette!... A bas la nation!
Ijes spectateurs s'ameutent et veulent faire un mauvais parti au criminel exposé. Le procureur syndic delà commune accourt « harangue le peuple, fait détacher Jean-Julien et Temmone lui-même directement à la Contciergerie pour être traduit devant le tribunal du 17 août
Le bruit se répand sur la place que ce charretier est un agent de la coalition « que les cris qu*il a poussés devaient être le signal de la guerre civile. Bientôt on annonce que Julien . devant ses juges, vient de révéler Texistenœ d'un immense complot royaliste a}'antd£snh milications dans toutes les prisons^.
Rien n'était plus fi)u\« Jean-Julien n^srvait pas Eut la moindre révélation. A peine avait-il été déposé à la Conciergerie qu'il avait été interrogé par le directeur du jury chargé de dresser dans les vingt-quatre heures son acte
de Bris«>ol. et pur les AH/nile.< patriotiques, de Mercier et deCam. I^es Révolutions, de Prudhomnie. feuille hebdomadaire, ne ledooneot ni dans le numéro du f ni dans celui du 8. UAmi dm Peuple, At Marat. ne paraissait ^^s dans ce n^oment.
I. Taîlien. dans son écrit : La v*^rité sur les èvénemenit de septemhre . réimprime dans VHi.<c*^ire parlementaire , t. XX, p. 159. donne une très- grande importance à ce fait. Sa version a été naturelle ment adoptée par MM. Marrast et Dupont (de Bossac;, dans les Fastes de la Révolution: par M. Viiiiauaié el par M. Loais Bboc.
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raccusalioQ. Celacte, rédigé sur-le-champ, œDclut à 'application, contre Jean-Julien, d'une peine afflictiveet afamante, attendu qu'il avait risqué de provoquer une meute populaire. Mais, comme il importe de faire croire la réalité des conspirations ourdies entre les envahisetirs étrangers et les aristocrates emprisonnés, on change, à l'audience même, la nature de l'accusation Urigée contre le charretier de Vaugirard, et on soumet m Jury les questions suivantes :
€« 1* A-t-il existé une émeute populaire, une sédition, te 4*' septembre, tendant à exciter une guerre civile, païf les cris proférés par Jean-Julien, lesquelles émeute Bt sédition sont une dépendance naturelle de la consptrration qui a éclaté le 10 août; 2* Jean -Julien en est-il complice? »
Le jury répond affirmativement à l'une et à l'autre de ces deux questions. Jean-Julien est condamné à mort ^t. exécuté immédiatement, sans qu'il ait été question dairantagede ses révélations qui n'existèrent jamais.
Ne croirait-on pas être reporté au temps racontés par
Tacite, où l'on torturait et suppliciait des esclaves pour
feire croire à des complots imaginaires et motiver l'égor-
8"ement des citoyens romains qui offusquaient le tyran?
ï^eut-on se jouer plus impudemment de la crédulité pu-
Wique? Peut-on, suivant la belle expression de Racine,
^tre ainsi « prodigue du sang des misérables*? »
*• Nous donnons à la fin de ce volume le texte même du juge- '^t de Jean-Julien.
sot HISTOIRE DE LA TERREUR.
Le 1^*^ septembre, rAssemblée s'occupa exclusivement des mesures que nécessitaieDt les nouvelles, de plus en plus inquiétantes, qui arrivaient du théâtre de h guerre, et spécialement de la levée non encore exécutée de la moitié des grenadiers et chasseurs de tous les bataillons de la garde nationale parisienne. Guadet, au nom de la commission extraordinaire, annonça la découverte d'une conspiration à Grenoble, et Roland celle d'un complot qui devait éclater dans le Morbihan.
Cependant la matinée fut calme et même marquée» à l'Hôtel de Ville, par un semblant de retour à la légalité. Les administrateurs municipaux que la commune avait voulu écarter de leurs fonctions et que, le 30 août^, elle avait été obligée de rétablir, avaient été convoqués pour le samedi l*"^ septembre, à l'effet de reprendre le cours de leurs travaux. Leur réinstallation s'effectua avec une certaine solennité , sous la présidence du maire en personne. Le conseil général leur céda la salle ordinaire de ses délibérations, « parce que, les objets dont les administrateurs avaient à s'occuper devant être soumis à sa sanction, il ne pouvait y prendre dans ce moment aucune part 2, »
On pouvait croire à une sincère réconciliation de Tan-
^. Voir le livre X, page 166.
2. Expressions mêmes du procès-verbal, Histoire parlementaùrt, t. XVII, p. 256.
cîpntw et de la nouvelle municipalité, mais dans l'aprèsinirti les choses changent de face. A quoi bon dissimuler davantaiïe ? le comité de surveillance était prêt.
Quand, h cinq heures, le conseil général rouvre sa st^ance, ce n'est plus Pétion, c'est Hiisuenin qui préside; c'est Robespierre qui occupe la tribune et dirige tes débals. Dans un discours rempli de fiel, le futur dietaleur revient sur la réinslallation , selon lui trop hâtivement faite, des anciens administrateurs. » Comment 's "vi^ritable représentation du peuple de Paris a-t-elle pu céder un instant la place à ces élus d'un régime 'orabé, qui n'ont été rappelés que par grâce? Avant de IpUT permettre de reprendre tout ou partie des fonctions acltiiinistratîves qu'ils ont remplies jusques à la glorieuse i^'v-oluiiondu 10 aoîtt. il fallait les épurer par un scrutin «^vère et patriotique. I-es membres du bureau municipal 1*>i ont conservé la confiance publique peuvent être ™*aiDtenusen fondions; mais il faut chasser (le l'Hôtel •® Ville, il faut mettre en état d'arrestation, comme sus- P^^'ls au premier chef, ceux qui ont signé des procès-ver- '*^\iX contre la municipalité ii l'occasion du 20 juin, ces ^roux, ces Borie, ces Cahier, ces complices des égor- ^ttrs du peuple. <•
ftt du geste, Robespierre désigne le courageux Cahier *!^î était h la barre, armé de sa convocation oRicielle "^iHme d'un sauf-conduit. Ce geste équivalait k un ordre *'*rreslalioa. Cahier est immédiatement appréhendé au ^^^tps et emmené à l'Abbaye par ordre du conseil général *.
<- Nous avons vu, dans le premier volume, ta courageiwfl attiliido
soi HISTOIRE DE LA TERREUR.
Robespierre ne s'arrête pas en si beau chemin. Débarrassé des adversaires qu'il pouvait encore compter dans l'administration municipale, il tonne contre ses eoDemis politiques. Il n'a plus à s'inquiéter des constituUoonels ; les uns sont en fuite, les autres viennent d'être jetés dans les prisons; mais Brissot et les brissotins doniiDent à l'Assemblée législative; ce sont eux qui ont entrepris de briser la commune et fait rendre le décret du 30 août. Le bilieux tribun peut donc se venger d'eux en paraissant venger le conseil général, et satisfaire ses haines privées par dévouement à la patrie. Il recommence Pénumération, qu'il a déjà faite si souvent depuis vingt jours à la barre de l'Assemblée législative et à la tribune du conseil général, des services éclatants que la
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que Cahier avait prise, le 23 juin et le 6 juillet, devant le conseil général de la commune, à roccasion de Tattentat du 20 juin. Nous avons laconU\ dans le deuxième volume, la conduite énergique de J.-J. Leroux et de Borie qui, au 10 août, firent aux Suisf^es et à la garde national® les réquisitions légales, afin que la force fût repoussée par la force; ^ en fallait beaucoup moins pour exciter contre eux le courroux Robespierre et de ses amis.
J.-J. Leroux et Borie ne purent i^trearrWs. Cahier, conduit à Yi l>;iye, fut énergiquoment réclamé par sa section, qui obtint de le gard*^ à vue dans Toncointe du lieu de ses séances. Voici « la soumissioci • que, suivant les expressions mc'^mes du procès-verbal, les couragous commissaires en\oyes pour le sauver furent obligés de signer sur ï* tiible mémo devant laquelle siégeait Maillard :
« Nous, commissaires de la section de la Grange-Batelière, répoi»^
dons aux citoyens de leur représenter M. Cahier sous la responsable^
de nos tètes.
Signé : Chamonin, Pineau, Pbrxot,
Le GuiN, NosTET.
« Paris , le 3 septembre ITM. »