‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 98 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

insurreclioDoelIe a rendus à la liberté, des injustices dont on a voulu Tabreuver; il exalte, aux applaudissements de ses auditeurs, le désintéressement, le courage, l'énergie dont lui et ses collègues ont fait preuve; puis, découvrant le fond de sa pensée, il s'écrie : « Personne n'ose nommer les traîtres. Eh bien! moi, pour le salut du peuple, je les nomme; je dénonce le liberticide Brissot, la faction de la Gironde, la scélérate commission des Vingt et un de l'Assemblée nationale; je les dénonce pour avoir vendu la France à Brunswick et pour avoir reçu d'avance le prix de leur lâcheté

ce Dans ces circonstances difficiles, il ne se présente à mon esprit aucun moyen de sauver le peuple, si ce n'est de lui remettre le pouvoir que le conseil général a reçu de lui. »

Que voulaient dire ces dernières paroles? Les historiens qui veulent à tout prix justifier Robespierre ont cherché à donner un sens inoffensif à la fin de son discours. Mais il y avait une signification dans les moindres mots tombés de la bouche de ce sphinx delà révolution qui, lui aussi, dévorait sans pitié tous ceux qui ne savaient pas comprendre ses énigmes. N'était-il pas dans ses habitudes de lancer, comme au hasard, des paroles d'une portée inappréciable pour le vulgaire, mais dont ses séides étaient habitués à faire le lendemain le sanglant commentaire? N'était-ce pas au nom du peuple souverain que les massacres allaient s'exécuter? Or, Robespierre et ses amis parlaient et agissaient conformément à cette théorie, par eux mainte fois proclamée : l'Assemblée législative, depuis le jour où elle a convoqué une Convention natioiialej^

a abdiqué tous ses pouvoirs entre les mains du peuple. SeuIemeDt ils entendaient bien que ce fût par leur organe que le peuple exprimât sa volonté , que ce fût par leung mains qu'il exerçât sa souveraine puissance^.

Dès que Robespierre a fini sa harangue, Manuel remercie rillustre orateur d'avoir exposé les vrais principes, rappelle le serment qu'ont prêté les membres du conseil général de ne point abandonner leur poste i jusqu'à ce que la patrie ne soit plus en danger, et condat à ce que le conseil continue à remplir ses fonctions»

Dans l'organisation municipale , le procureur syndic était institué le représentant spécial de la loi. C'était à lui d'en rappeler l'observation stricte à quiconque s'en écartait. Mais Manuel était accoutumé à intervertir le rôle que le législateur lui avait assigné ; il avait organisé la rébellion de Tancien conseil contre le trône constitutionnel, il organisait la rébellion du nouveau contre l'Assemblée législative.

Les Deux cent quatre-vingt-huit adoptent avec enthoi*siasme les conclusions de Manuel et de Robespierre, ^t se séparent à une heure et demie du matin en seprometr-

i. Nous avons trouvé cette théorie professée dans un grand nonil>ro de délibérations dos sections parisiennes, mais jamais aussi clairemeot que dans celle qui est inscrite, à la date du 34 août, sur les registro^ de la section du Finistère : *

« Considérant que rAssemblée nationale, depuis Tépoque où eiie ^ invité le peuple souverain à convoquer la convention nationale, n^ peut, par aucun décret, porter atteinte à aucune partie de la souverain' neté... déclare qu'aucun décret rendu depuis celui qui a appelé l^ peuple souverain à former une convention nationale ne peut entraf?!' la marche de la souveraineté. »

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