LIVRE XXI
se transporteront à l'instant au Temple et interpelleront Louis de déclarer, dans l'heure, le citoyen auquel il donne sa confiance.
Peu de temps après, Cambacérès, l'un des quatre commissaires, vient annoncer que Louis a choisi pour conseil Target, ou à son défaut Tronche! , et tous lesdeux si cela est possible.
Target avait depuis longtemps renoncé à la plaidoirie et préskiait l'un des tribunaux de Paris *. Il crut devoir décliner l'honneur que lui faisait Louis XVI. Tronchet accepta. Au même moment, le président de l'Assemblée recevait une lettre de M. de Lamoignon de Malesherbes qui revendiquait « l'honneur de défendre celui qui avait été son maître et qui l'avait appelé deux fois dans ses conseils lorsque cette fonction était briguée par tout le inonde2. » Le roi. informé de cette admirable preuvede dévouement, l'accueillit avec reconnaissance.
Mais, lorsque les deux conseils de Louis XVI voulurent pénétrer dans sa prison, ils trouvèrent à la porteune consigne inimaginable que les dictateurs de l'Hôtel de Ville avaient établie de leur autorité privée. En effet, le il, dès qu'on eut appris la demande faite par le roi. d'obtenir un conseil, la Commune avait pris un arrêté ainsi conçu :
« Le Conseil général, le substitut du procureur de
1. Nous l'avons vu, t. IV, p. 295, signaler, en cette qualité, à lu Convention les arrestations arbitraires ordonnées par le Conseil général de la commune.
2. La lettre de M. de Malesherbes, cet éternel monument de loyauté et de courage, se Irouvo au Moniteur, n°3S0.
« la Commune entendu, arrête que Louis Capet ne » communiquera plus avec sa famille;
« Le valet de chambre qu'on lui permet d'avoir « auprès de lui, n'aura plus de relations avec personne « autre qu'avec lui; 0
« Les conseils que la Convention pourrait lui don- « ner ne communiqueront avec personne autre que lui. >i et toujours en présence des ofliciers municipaux, « attendu la complicité présumée de toute la famille ;
« En conséquence, au moment où les conseils de -I Louis Capet seront introduits, le valet de chambre se h retirera et les seuls officiers municipaux resteront. « L'assemblée s'en rapporte à la discrétion des officiers « municipaux de ne pas gêner la confiance du prison- <[ nier pour les confidences qu'il pourrait avoir à faire, (i et à leur prudence pour ne pas compromettre la sûreté h du prisonnier.
« Arrête, en outre, que le présent sera envoyé « sur-le-champ aux commissaires de la municipalité de « service au Temple.
« Arrête, en dernier lieu, qu'il sera envoyé une 'i députatîon de quatre membres à la Convention natio- « nale pour connaître ses intentions sur les dispositions « de cet arrêté.
« Mercereau, vice-président,
n Coulombeau, secrétaire- greffier. »
Cet arrêté avait été signifié i ni média terne nt à Louis XVI. Aussi, lorsqu'il reçut la visite des quatre commissaires de la Convention, il se plaignit amère-