‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 56 sur 237 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

jeune homme se précipite dans un café de la me Saint- Florentin, mais les Marseillais y entrent aussitôt et le percent de mille coups. Des gardes nationaux sont blessés, trois très-dangereusement, douze autres assez grièvement. Quelques-uns ne doivent leur salut qu'à une circonstance fortuite : le pont tournant, qui séparait alors le jardin des Tuileries de la place Louis XV, se trouvait à leur portée, ils le franchissent, le referment derrière eux, traversent le jardin en courant et se réfugient au Château, où des secours leur sont prodigués2.

i. Les démagogues voulurent voir dans ces diverses circonstances la preuve que la cour avait suscité l'émeute, dans fe but de provoquer l'élotgnement immédiat des .Marseillais. Il fallait porter bien loin l'esprit départi pour prétendre un instant que les grenadiers des Filles- Saint-Thomas avaient été apostés, a. point nommé, afin d'exciter des troubles aux Champs-Elysées. Comment auraient-ils pu l'être ? on ignorait le jour de l'arrivée des Marseillais à Paris ; le repas de corps qui avait lieu chez Dubertier était, au conlrniro, indiquûdepui? plusieurs jours; d'ailleurs, les grenadiers des Filles-Saint-Thomas étaient tous des gens notables dans leur quartier; quelques-uns avaient des positions considérables, aucun n'aurait accepté le métier de coupe-jarret; les vrais, les seuls coupe-jarrets étaient certainement les Marseillais. Que venaient ils faire aux Champs-Élysées, le jour même do leur arrivée? Ils étaient casernes a. la Nouvelle-France (au haut du faubourg Poissonnière), à une lieue de là; il y avait cent établissemsints beaucoup plus rapprochés qui auraient pu recevoir les convives de Santerre; mais on voulait faire peur, on voulait avoir des prétextes de troubles, il fallait aller chercher une occasion de rixes là où on devait espérer la trouver. Pour justifier le guet-apens que l'on disait avoir été tendu aux Marseillais, on déclara le soir même, aux Jacobins, que la reine avait dit à une de ses femmes : « No craignez rien, votre mari n'y était pas. o Qui prouve que ce mol ait été prononcé? Comment supposer que la reine savait par cœur la liste de ceux qui auraient élé apostés? Tout cela est simplementabsurde; le mot eût-il été prononcé,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Dans l'intérieur du Château, comme au dehors, l'alarme fut extrême. On fit mander le maire Pétiou qui se rendit aux Champs-Elysées où, naturellement, il ne trouva plus personne. La générale fut battue. Réuni sur la place Favart, le bataillon des Filles-Saint-Thomas voulait se porter en masse à la caserne des Marseillais; on l'en détourna. Quelques grenadiers furent délégués auprès de l'Assemblée nationale, qui, dès l'ouverture de la séance du soir, entendit leurs justes plaintes.

« Nous nous étions réunis pourdîner ensemble, direntils, nulle santé, nul motn'avait pu donner lieu à calomnier nos intentions. Quel a donc été notre étonnement, en sortant pour revenir dans nos foyers , de nous voir assaillis par une troupe de gens égarés qui, fâchés de nous entendre répondre par les cris de Vive la nation ! à ceux qu'ils nous criaient, nous ont couverts d'une grêle de pierres. Cherchant alors à nous rallier, nous avons entendu un rappel, et aussitôt nous avons été attaqués par six cents furieux qui dînaient près de nous, ils ont fondu sur nous à coups de sabre et de pistolet; plusieurs de nos camarades en ont été victimes , ils sont morts... Ceux qui se sont sauvés ne l'ont ■dû qu'à leur fermeté ou en adoptant un signe de ralliement que M. Santerre leur

comment n'y pas voir seulement une parole, dite au hasard, dans l'intention de rassurer une malheureuse femme qui tremblait pour les jours de son mari? Ce qui écarte l'idée même d'un guet-apens, c'est que les Marseillais étaient plus de cinq cents, sans y comprendre leurs amphytriorts; les convives du banquet des Filles-Saint-Thomas étaient au nombre de cent soixante-si», (Voir le Logographc, p. 4S, XXVI'" volume, séance du S" août.)

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