‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 101 sur 308 · LIVRE XL T · texte numérisé non relu

LIVRE XL T

vision des Sables, dont le commandement venait d'être donné au général Mieskowski.

Jamais la cause vendéenne n'avait brillé d'un si vif éclat. 11 ne fallait plus songer à rester dans un pays exalté par cinq victoires en six jours, et Canclaux se replia sur Nantes,

Comme l'on devait s'y attendre, chacun se renvoya la responsabilité de cesdésastres. Deux hommes surtout tonnaient l'un contre l'autre et s'accusaient réciproquement de trahison. C'étaient le dantoniste Philippeaux, en qui s'incarnait la représentation de Nantes, et le général ministre Ronsin, qui personnifiait plus spécialement l'armée des côtes de La Rochelle. En réalité, personne n'avait trahi ; mais l'incapacité de Rossignol, la haine de Ronsin contre les militaires et la difficulté de concerter des mouvements précis entre des soldats improvisés et des troupes régulières avaient tout compromis.

Le Comité de salut public, ne sachant auquel croire, se tira d'embarras en frappant à droite et à gauche sur les généraux. D'un côté, il suspend Canclaux et rappelle Auberl Dubayet : de l'autre, il confie à Ronsin le commandement de l'armée révolutionnaire récemment organisée à Paris, et charge Rossignol de la direction de l'armée des côtes de Brest diminuée des divisions de la Loire. Le surplus des forces républicaines en Vendée reçoit pour chef, avec le litre d'armée de l'Ouest, un ancien maître d'armes de Saintes, nommé Léchelle, jacobin exalté, aussi poltron qu'incapable, qu'on ne vit jamais au feu et qui savait à peine signer son nom.

Cependant, après quelques jours de repos, Canclaux

avait quitté Nantes et repris la campagne. Comme la première fois, son objectif était Mortagne, et il avait besoin, pour l'atteindre, du secours des divisions de Chalbos et de Mieskowski. Le plan des opérations, communiqué à Saumur le 26 septembre, avait reçu l'approbation des représentants Choudieu et Richard, quand un conseil de guerre, tenu par ces derniers le 2 octobre, prescrivit à Chalbos de rétrograder sur Bressuire, et à Mieskowski de rester vdans ses positions, pour défendre éventuellement Luçon. L'armée de Nantes restait encore une fois seule; mais il était trop tard pour reculer, et Canclaux continua résolument le mouvement commencé.

Les Vendéens de leur côté marchaient à sa rencontre. Un premier combat s'engage, le 6 octobre, à la hauteur du village des Treize-Septiers, près de Saint- Symphorien. Kléber, à. Pavant-garde comme toujours, brûlait du désir de prendre sa revanche. Dès le début de l'action, il fait charger à la baïonnette, et la lutte devient bientôt si serrée qu'il est impossible de part et d'autre de se servir de l'artillerie. À la fin, les royalistes sont obligés de plier, et quelques coups de canon, tirés a toute volée, achèvent leur déroute. L'échec de Torfou était réparé et la route de Mortagne se trouvait libre; mais Canclaux n'eut pas le temps de profiter de sa victoire. La nouvelle de sa destitution venait d'arriver et, le soir même, il quitlaitrarméeencompagnied'Aubert Dubayet- << Le sot et l'intrigant triomphent, écrivit h celte occasion Merlin (de Thionville) et, en attendant qu'on vienne prendre le commandement, j'ai tout réorganisé de manière qu'on ne sent plus le vide. » Il avait

confié à Kléber la direction provisoire de l'armée.

Au même moment, Chalbos tentait une diversion sur Chàtillon. Un combat heureux au Moulin-aux-Chèvres, le 9 octobre, lui livre cette ville; mais quand il veut, le 11, continuer sa marche sur Mortagne, il se heurte au gros de l'armée vendéenne et est obligé de reprendre en désordre la route de Bressuire. L'imprudence de Westermann, acquitté à Niort et récemment réintégré dans son commandement :, avait causé tout le mal. Furieux d'avoir été une seconde fois battu à Chàtillon, il ne tarde pas à reconnaître le petit nombre de ceux qui le poursuivent, et conçoit le projet de faire volte-face et de reprendre la ville par un coup de main hardi. Il rallie donc quelques centaines de hussards et autant de grenadiers qu'il fait monter en croupe, renverse tout sur son passage et surprend à son tour les Vendéens assoupis et ivres d'eau-de-vie. Ce fut un horrible massacre, où l'on n'épargna ni les femmes, ni les enfants, et que l'incendie termina le lendemain.

Pendant que Chàtillon brûlait, la division de Mayence reprenait sa marche et les Blancs évacuaient Mortagne, pour se masser à Cholet. Kléber et Lescure se trouvèrent de nouveau en présence, le 15 octobre, àla hauteur du château de la Tremblaye. On se battit de part et d'autre avec acharnement, et la victoire balança toute la journée; mais vers le soir, Lescure ayant reçu une blessure mortelle à la tête, l'avantage resta aux Bleus.

Le moment était solennel. Par suite de nouveaux

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