Moniteur du 19 octobre
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Parties de Bourg le 6 août, les troupes républicaines étaient arrivées devant Lyon le 8 au matin. Le même jour, Dubois-Crancé et Gauthier intimèrent à ses défenseurs l'ordre d'ouvrir leurs portes sous une heure. Malgré sa modération apparente, la proclamation des représentants ajoutait encore aux rigueurs de la Convention1, en punissant de la confiscation de ses biens « tout individu dont le fils, le commis, le serviteur et l'ouvrier d'habitude auraient porté les armes contre les soldats de la République ou contribué aux moyens de résistance3 ». De telles mesures de proscription ne s'étaient vues que dans la Rome des Césars, où la loi de lèse-majesté frappait de mort le maître dont l'esclave avait pris part à un complot.
Ce délai dérisoire n'était pas encore expiré quand les hostilités commencèrent. Elles ne furent interrompues qu'un moment, le 10 août, à l'occasion de la fête de la Fédération, pour laquelle assiégés et assiégeants s'adressèrent des invitations réciproques. Peu importantes par elles-mêmes, ces escarmouches indiquaient de la part des Lyonnais la ferme volonté de se défendre et, après une dernière attaque infructueuse, le 15 août, Dubois-Crancé et Gauthier résolurent de recourir au bombardement.
Déjà, afin d'isoler les assiégés, ils avaient réuni au district de Vienne, dans l'Isère, le faubourg de la Guîllotière, depuis longtemps hostile à l'agglomération lyon-
1. Voir plus haut, page 114, et Moniteur du 24 juillet 1793. %. Moniteur du 12 août 1793.
uaïse, et formé, avec les districts de Montbrison, Roanne et Saint-Élienne, un nouveau département dont Feurs devenait le chef-lieu.
Pour exécuter ce dernier décret, il fallait soulever les campagnes, et refouler les garnisons que les Lyonnais avaient laissées à Montbrison et à Saint-Etienne. Javogues, Laporte etReverchon se chargèrent de ce soin. Délégués en Saône-et- Loire dès le mois de juillet, ils avaient rejoint leurs collègues, au début du siège, avec un premier ban de réquisitionnâmes. Us retournèrent dans le Forez et y levèrent de nouvelles recrues. Si le contingent du Puy-de-Dôme eût montré la même diligence, le cercle d'investissement se serait trouvé fermé en août. Mais le général Nicolas, envoyé à sa rencontre, se laissa surprendre de nuit à Saint-Anthême, et les communications de Lyon avec le Forez restèrent libres jusqu'à la mi-septembre.
De leur côté, Dubois-Crancé et Gauthier ne perdaient pas de temps. Ils vidaient les places de Besançon, d'Embrun, de Gap, de Grenoble et étendaient leurs réquisitions jusqu'à soixante lieues. Cinq mille chevaux servirent à transporter un immense matériel de siège, qui fut successivement porté à cent trente pièces de gros calibre, quatorze mille bombes, trente-quatre mille boulets, sans compter la poudre et les cartouches.
Le 21 août, tout était prêt pour le bombardement, et le 22, à onze heures du soir, les bombes et les boulets rouges commencèrent à pleuvoir sur la ville. Dans cette première nuit, beaucoup de maisons furent endommagées et huit brûlèrent. Les Lyonnais avaient riposté
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en incendiant le faubourg de la Guillotière. Interrompu un instant le malin, le feu recommença avec une nouvelle violence le 23 et le 2&.
La lutte pourtant n'avait pas encore perdu tout caractère d'humanité. Les assiégeants manquaient d'ambulances et avaient demandé aux Lyonnais de recevoir leurs blessés. Ceux-ci y consentirent et les déposèrent à l' HÔtel-Dieu pour les soigner avec leurs propres victimes. II semblait que cet acte de générosité dût mettre le saint asile de la souffrance à l'abri des coups de l'armée républicaine. Un drapeau noir arboré, suivant l'usage, sur le dôme de l'hôpital, indiquait sa destination. Aussi quelle ne fut pas la stupeur des Lyonnais quand ils virent cet appel à la neutralité considéré comme un signe de rébellion et l'ambulance servir de cible aux canonniers de la Convention! Le feu prit quarante-deux fois aux bâtiments dans la même nuit et, sans le dévouement de la population, l'édifice entier eût été réduit en cendres. A la fin, il fallut évacuer, au péril de leur vie, les malades et ceux qui les soignaient.
Dans la nuit du 24, l'arsenal saute. La Convention avait conservé des partisans dans la ville, et le feu avait été allumé par une femme affiliée aux jacobins. Elle fut bientôt découverte et fusillée; mais la perte était irréparable.
La responsabilité de ces scènes d'horreur retombe de tout son poids sur Dubois-Crancé, qui dirigeait effectivement le siège en l'absence de Kellermann, momentanément rappelé à l'armée des Alpes par un mouvement offensif des Piémontais. Quand il revint, le 25,