‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 127 sur 308 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

une vraie chasse à l'aristocrate. Pour ces réquisitionnaires, venus des monts de l'Auvergne ou des plaines de la Bresse et du Beaujolais, s'enrichir des dépouilles de leurs victimes, c'était bien mériter de la patrie. Quelques -uns pourtant parvinrent à échapper aux fureurs de ces bêtes fauves. Précy fut de ce nombre. Quanta ceux de ses malheureux compagnons qu'épargna un reste de pitié, ils furent jetés sur des charrettes, pieds et poings liés, et conduits à Lyon, où le tribunal militaire se chargea d'en faire justice.

Le triomphe de la Convention était completet, le 9 octobre, à neuf heures du matin, les troupes républicaines entrèrent dans Lyon par le. faubourg Saint-Just. Pendant qu'elles défilaient, un morne silence régnait dans les rues. Vainement les soldats, émus de compassion, offraient comme des sauveurs leur propre pain ; chacun ne voyait en eux que des messagers de mort, et l'on eût dit que la grande cité, vaincue mais non découragée, se recueillait devant l'image des nouvelles horreurs qui allaient l'ensanglanter.

Instruite à la fois de la prise de Lyon et de là sortie de Précy, la Convention ressentit plus d'inquiétude que de satisfaction. « Depuis longtemps, s'écrie Bourdon (de POise), vos commissaires vous ont écrit que Lyon était cerné. On vous apprend aujourd'hui que Lyon est pris, mais que tous les hommes armés en sont partis. Ils vont aller faire une Vendée dans la Lozère. 11 vaudrait mieux que Lyon ne fut pas pris. »

■ « On s'est amusé trop longtemps à parlementer, ajoute Albîtte. Je déclare qu'il y a ici une faute, je dis

plus, un crime. Le Comité de salut public a été instruit de mon opinion sur Lyon. Je demande que ceux qui ont dirigé le siège viennent rendre compte de leurs opérations, car il y a ineptie ou trahison. »

« H y a liuit jours, reprend Osselin, que Dubois- Crancé et Gauthier sont rappelés. Ils ont reçu le décret et ne s'y sont pas conformés. »

« Le décréta été rendu le 6, réplique Clause!, et ils ne pouvaient pas le connaître le 8. »

Le Comité de salut public se hâte d'envoyer Barère pour fournir les- explications qu'on réclame. « Le Comité, dit-il, n'est pas au-dessous de ce que vous deviezatlendre de lui. Je vais vous lire sa correspondance. Il en résulte que, depuis le 2& septembre, il n'a pas cessé de presser les représentants de réduire Lyon par la force et d'y entrer la torche à la main, plutôt que de traîner le siège jusqu'à l'hiver. Il vient encore de leur ordonner de faire sonner le tocsin dans les campagnes afin que le peuple éveillé puisse exterminer tous les fuyards. »

On applaudit; mais les soupçons de la première heure ont ému le Comité et Barère ajoute : « Mes collègues n'ont pas pensé qu'ils devaient se borner à communiquer leurs dépêches ; il faut un grand exemple, et je vous apporte un décret destiné à attester à la postérité le crime et la punition des ennemis de la liberté. »

Cet exemple, c'était la destruction de Lyon, mesure aussi absurde que monstrueuse, qui risquait de ruiner l'une des principales branches de l'industrie nationale. Maïs k quelle époque les passions révolutionnaires ont-

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