‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 128 sur 308 · LIVRE XLV. B · texte numérisé non relu

LIVRE XLV. B

elles respecté les lois éternelles de la justice et de l'humanité ? La Convention, dans un mouvement d'enthousiasme frénétique, vole sans discussion le projet qui lui est soumis et aggrave, en l'appliquant à la seconde ville de France, le système de répression odieuse qu'elle a déjà inauguré dans la Vendée1.

Le courrier qui portait à Lyon le décret du 12 oc-

4. Le moniteur du 13 octobre 4793 donne, ainsi qu'il suit, le texte du décret :

La Convention nationale, après avoir entendu le rapportdu Comité de salut public, décrète :

Art. iet. Il" sera nommé par la Convention nationale, sur la présentation du Comité de salut public, une commission extraordinaire composée de cinq membres, pour faire punir militairement, et sans délai, les contre-révolutionnaires de Lyon.

Art. S. Tous les habitants de Lyon seront désarmés. Leurs armes seront distribuées sur-le-champ aux défenseurs de la République. Une partie sera remise aux patriotes de Lyon qui ont été opprimés par les riches et les contre- révolution narres.

Ari, 3. La ville de Lyon sera détruite : tout ce qui fut habité par les riches sera démoli- il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des piiti'ioUis égorgés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie et les monuments consacré.; à l'humanité et à l'instruction publique.

Art. i. Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République. La réunion des maisons conservées portera désormais le nom de ville affranchie.

Art. S. Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription : Lïon fit la cuebbg a la liberté; Lyon .n'est plds. Le 48e jour du 1" mois de l'an II de la République, une et indivisible.

Art. 6. Les représentants du peuple nommeront sur-le-champ des commissaires pour faire le tableau de toutes les propriétés qui ont appartenu aux riches et aux contre-révolutionnaires de Lyon, pour être statué incessamment, par la Convention nationale, sur les moyens d'exécution du décret du 48 juillet 1793, quia affecté ces biens à l'indemnité des patriotes.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

tobre était également chargé d'un ordre d'arrestation contre Dubois-Crancé et Gauthier; mais lesdeux représentants étaient déjà partis, laissant le champ libre à Couthon. La lutte épïstolaire n'en continuait pas moins entre eux. Le 9 octobre, Dubois-Crancé, en annonçant la reddition de Lyon, ajoutait qu'une partie des rebelles s'était échappée par le côté qu'on savait le plus favorable, ce qui impliquait la responsabilité de Couthon et motivait, de la partdu représentant Dupuy,une demande de renvoi au Comité de salut public1.

De son côté, Couthon écrivait le 11 ; « Dubois- Crancé et Gauthier intriguent dans toute la ville pour que les citoyens réclament contre le décret qui les rappelle. Nous ignorons les motifs d'une conduite aussi étrange. Que feront les citoyens quand Us verront que les députés leur donnent un exemple aussi dangereux1? »

Cette lettre arrivait mal. La Convention avait hâte d'apprendre l'anéantissement des fugitifs et n'était que trop disposée à voir des coupables dans ceux qui paraissaient retarder ce moment. Plusieurs députés demandent qu'on décrète d'arrestation Dubois-Crancé et Gauthier. <i L'ordre est donné, » répond Barère, désireux de faire confirmer, dans un moment d'émotion, la mesure dont le Comité de salut public avait pris l'initiative deux jours auparavant

A. Moniteur du 15 octobre 1793.

S. Moniteur du 46 octobre 1793.

3. Du 21" jour de l'an II de la République française, une et indivisible (* 2 octobre 1793).

Le Comité de salut public arrête que ies citoyens Dubois-rCrancé

Il était difficile de tenir longtemps en suspicion ur. homme aussi populaire que Dubois-Crancé et, le 19, Barère annonce à la Convention que le Comité de salut public a trouvé la conduite des représentants irréprochable. Cela ne suffit pas à Dubois-Crancé : il veut encore glorifier ses actes. Plusieurs de ses collègues essaient de le soutenir, maïs les partisans de Couthon interviennent.

— « Je ne m'oppose point à la levée du décret d'arrestation, objecte Clauzel, pourvu que Dubois ne soit entendu qu'après l'arrivée des autres commissaires. »

— « Je ne veux, répond Dubois-Crancé, accuser personne. Je dirai seulement, à l'égard de nos collègues absents, qu'arrivés les derniers, ils ont voulu avoir l'honneur d'avoir tout fait. La France entière me croit coupable; il faut que je me justifie. Puisque la Convention ne veut pas entendre ma défense, je la prie d'ordonner qu'elle sera imprimée. »

Puis, de dénoncé se faisant dénonciateur, il ajoute : « J'apporte à la Convention une pièce bien importante, datée du 17 août, postérieurement au décret contre Lyon; c'est un arrêté signé individuellement de 20,000 Lyonnais, qui prouve leur rébellion contre la Convention et contre la France entière. Tous les signataires sont les plus riches de Lyon. J'ai calculé que le

et Gauthier, représentants du peuple près de l'armée de la République, maintenant dans Lyon, seront mis en état d'arrestation el amenés à Paris. Les scellés seront mis sur leurs papiers.

Signé au registre : Billaud- Va rennes, Barère, Hérault. Cotlot d'Herbois, Robespierre et Saint-Just.

séquestre des biens de ces traîtres donnerait à peu près pour deux milliards de propriétés à la nation. Je propose que ce monument de honte pour les Lyonnais soit déposé aux: Archives, qu'il soit imprimé et les signataires poursuivis. »

Ces paroles achèvent la justification de Dubois- Crancé et produisent l'effet qu'il en attendait. « Je demande à Dubois-Crancé, interrompt Billaud-Va rennes, s'il a laissé une copie de celte pièce aux représentants restés à Lyon, afin qu'ils puissent connaître les traîtres, les poursuivre et se saisir de leurs biens. »

— « Cette pièce m'a paru si importante, répond Dubois-Crancé, que je n'ai pas voulu m'en dessaisir. Durant le siège, je l'avais mise dans un lieu sûr afin que, dans le cas où j'aurais été tué, elle pût parvenir à la Convention. Au surplus, je demande, comme Billaud, qu'il en soit envoyé une copie à mes collègues qui sont à Lyon. » La Convention ne pouvait hésiter et, comme toujours, ce sont les vaincus qui sont destinés à payer les frais de la réconciliation de leurs persécuteurs1.

Les plaintes du Comité de salut public avaient produit leur effet et, le 16 octobre, Couthon, Chàteauneuf- Randon et M'aîgnet lui écrivaient : « Nous vous avons mandé que les scélérats qui avaient tenté une sortie avaient presque tous été tués ou pris. Nous avons dit la vérité et nous ne voyons pas ce qui a pu vous faire croire qu'ils s'étaient portés vers la Lozère et sur Toulon.

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