‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 131 sur 308 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

sommet de la tour, ils recommencent la cérémonie qui vient de finir. A ce signal, dit la relation officielle, avec le langage ampoulé du temps, « des milliers de bras se sont levés, pour écraser cet édifice hideux, don t l'existence fit frémir la nature, et ne fut pourtant qu'un des moindres crimes (les rois ».

La mission des représentants semblait terminée, et ils demandèrent leur rappel. La Convention leur donna pour successeurs CoIlot-d'Herbois et Fouché, personnages sinistres, dont les atroces exploits devaient faire regretter la modération relative de leurs devanciers. Ce contraste peut-il modifier le jugement de la postérité? Pour notre part, nous ne croyons guère à la prétendue mansuétude de Couthon, et nous cherchons vainement, dans sa conduite, un moment où il ait obéi à un véritable sentiment d'humanité. L'ordre avec lequel l'armée victorieuse est entrée dans Lyon et la lenteur des tribunaux révolutionnaires à frapper les premiers coups de hache ne sauraient être des arguments en sa faveur; car on pouvait craindre un retour offensif chez les Lyonnais affolés, et il était indispensable de laisser aux pourvoyeurs de la guillotine le temps de dresser les listés des victimes. A défaut d'actes, peut-on au moins trouver dans les paroles de Couthon quelque signe d'hésitation ou de regret ? Loin de là; nous le voyons demander aux Jacobins, le 13 octobre, quatre jours après la reddition de Lyon i, des patriotes éprouvés, afin

1. Cette lettre est insérée dans le Moniteur du 21 octobre 1793. On y lit notamment ce qui suit :

■ o La ville de Lyon n'est plusau pouvoir des rebelles, mais le plus

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

de révolutionner le pays. Tout s'explique, au contraire, quand on songe aux infirmités physiques du sombre conventionnel et à sa conduite ultérieure dans le sein du Comité de salut public régénéré. Faible et impotent, Couthon se sentait incapable d'un effort continu et préférait, aux fatigues des missions, les travaux plus calmes des comités. Mais en devenant, à Paris, la troisième personne, avec Robespierre et Saint-Just, de cette impitoyable tri n ité qui couvrit la France entière de ruines et de sang, il a interdit lui-même à ses défenseurs le droit de prétendre qu'il se fût montré plus clément à Lyon, et qu'il eût reculé devant les excès des rigueurs qu'il avait préparées. Nous dirons donc qu'il entra autant de lassitude que de calcul dans la détermination de Couthon, et que son seul mérite, en s'éloignant de Lyon, fut de partir à. temps.

difficile reste à faire, L'esprit public est perdu dans celte malheureuse cité. Les patriotes y sont dans une minorité effrayante. Nous vous demandons quarante hommes d'un républicanisme éprouvé, pour transplanter sur celte terre étrangère les principes révolutionnaires. Nous leur confierons les fonctions administratives et judiciaires. Qu'ils viennent se réunira nous, et alors nous pourrons espérer faire une véritable révolution.

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