LIVRE XLVI
nent. « SiGoguet, disait-il, a eu le bonheur de devenir, en un an, de médecin général de division ; si sa liaison avec Fabre doit le faire nommer commandant en chef, il était inutile de faire tant d'instances auprès de moi, pour me déterminer à accepter un poste où je ne suis arrivé que contre mon gré. » Quelques jours plus tard, il donne, comme Barbentane, sa démission. C'était tout ce que désiraient les représentants. Ils s'empressent de l'autoriser à retourner au Mont-Libre, et appellent d'Aoust à la tète de l'armée. Le commandement de Dagobert avait duré un peu plus d'une semaine.
Comme on le voit, ie désordre était à son comble, et l'arrivée du nouveau général en chef ne devait pas Je faire cesser. Presque tous les généraux se disputaient le commandement supérieur. Bonnet, Fabre~et Gaston auraient voulu le voir confier à. d'Aoust. La nomination de Turrèau contrariait leurs projets : au républicain ils préféraient le marquis; et, après avoir informé le Comité de salut public que le premier aurait un apprentissage difficile à faire, ils s'arrangèrent de façon à ne lui laisser qu'un vain titre. En attendant, d'Aoust bénéficiait des circonstances favorables au milieu desquelles il se trouvait placé. Les Espagnols, effrayés de la résistance de Perpignan et des progrès de Dagobert, venaient de se retirer pour aller au secours de Ja Cerdagne. D'Aoust les poursuivit jusqu'au delà de Port-Vendres et, à la 6n d'octobre, cette campagne, ouverte sous de si tristes auspices, se terminait avec une part égale de revers et de succès.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L'histoire de l'armée des Pyrénées occidentales, plus pauvre en faits de guerre, n'est pas moins riche en changements de personnes. Au point de vue militaire, la campagne peut se résumer en quelques mots. Pendant de longs mois, Espagnols et Français vont s'efforcer de transporter en France et en Espagne le théâtre de la lutte, sans jamais faire en pays ennemi d'établissement durable. Au point de vue politique, les mêmes passions y provoquent, avec plus d'exagération peut-être, les mêmes excès d'autorité.
La frontière française présentait de ce côté deux parties vulnérables, Saint-Jean-de-Luz et Saint-Jean-Piedde-Port. Ces places forcées, Bayonne restait sans défense, et Servan dut s'attacher avant tout a r'emettreses fortifications en état, tâche difficile s'il en fut, car l'armée des Pyrénées occidentales, de même que sa voisine, se trouvait dans le plus complet dénuement. Au Nord comme au Midi , on avait débuté par des revers. On prononçait même le mot de trahison et quand le 6 juin, après trois jours consécutifs de combats, le camp de Castel-Pignon, en avant de Saint-Jean-Pied-de- Port, fut emporté par les Espagnols, le général La Genetîère, fait prison nier les armes à la main, fut accusé d'avoir volontairement émigré.
Servan, compromis par ses relations avec le parti de la Gironde, ne pouvait échapper longtemps au