‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 146 sur 308 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

soupçon. Vainement avait-il, dès la fin de juin, obligé à son tour les Espagnols à repasser la Bidassoa ; malgré ses efforts contre l'ennemi, il était chaque jour l'objet de dénonciations passionnées. On n'osait pas encore le sacrifier, mais sa révocation était résolue. Au commencement de juillet, les représentants Ysabeau èt Ferraud l'envoyèrent à Toulouse, sous prétexte d'activer l'expédition du matériel nécessaire à l'armée, et, quand il fut ainsi séparé de ses troupes, le Comité de salut public le manda à Paris. A peine arrivé, Servan fut arrêté et passa en prison tout le temps de la Terreur.

Le général d'Elbhecq, désigné pour le remplacer, hésita longtemps avant d'accepter. C'était un vieillard usé par les fatigues de la guerre, démissionnaire pour raison de santé en 1792, bon officier du reste et que la pénurie de chefs militaires. avait fait rappeler à l'activité à l'intérieur, au commencement de 1793. Dès son arrivée dans les Pyrénées, d'Elbhecq tomba malade et ne se releva plus. Les représentants' en profitèrent pour prendre en mains la direction effective de l'armée, et sa mort devint le signal d'une véritable révolution.

Pendant que les généraux campés autour de Bayonne remportaient sur les Espagnols plusieurs succès dont le plus importantleur livrait, le23 juillet, près de Saint- Jeande-Luz, le colonel du régiment de Léon, 13 officiers et 1 93 prisonniers, Garrau et ses collègues soulevaient le pays et préparaient la guerre révolutionnaire. C'est ce qu'il écrivait, le 2 septembre, à la Convention, en disant à l'occasion du décès de d'Elbhecq : « Tout nous présage de grands événements. La sainte insurrection est orga-

HISTOIRE DE LA TEKItEUR.

nisée ; le peuple est debout et la sans-culolterie va se porter en foule sur le trône des despotes et les satellites qui l'entourent. »

Ce n'était pas seulement contre les tyrans que ton- ' naient les foudres des délégués de la Convention. A la mort de d'Elbhecq, le général Déprez-Crassier avait pris te commandement, en qualité de plus ancien divisionnaire. On était alors occupé à faire l'amalgame des bataillons de volontaires avec les troupes de ligne, et cette opération rencontrait des difficultés a Bayonne, en raison de l'insuffisance des cadres de l'armée régulière et de l'attachement des officiers pour leur ancien uniforme.

Le commandant de la place, du nom de Laroche, jacobin exalté, loin de calmer les esprits, poussait au contraire les représentants dans la voie des rigueurs. La ville se trouvant en état de siège, on commença par suspendre les autorités civiles. Le tour des généraux ne se fit pas attendre, et le k octobre Déprez- Crassier et son' camarade Willot, coupables « de tenir une conduite plus que suspecte et d'avoir perdu la confiance du soldat », étaient incarcérés à la citadelle. Le même arrêté appelait le général Muller au commandement provisoire et portait nomination de plusieurs généraux de division et de brigade.

Laroche triomphait. Il avait été choisi par Muller comme chef d'état-major et écrivait, le 3, au Comité de salut public : » La municipalité de Bayonne a été renouvelée par les représentants Monestier et Pinet aîné, ainsi que tous les comités qui en dépendaient. Il n'y a plus qu'une municipalité patriote, un comité de

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