‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 147 sur 308 · LIVRE XLTI · texte numérisé non relu

LIVRE XLTI

salut public républicain et un officier général vrai sansculotte, vrai montagnard, qui maintiendra la paix et la tranquillité. »

Jusque-là., les représentants n'avaient pas dépassé les limites de leurs attributions; mais, de son. côté, le ministre de la guerre avait pourvu aux vacances, et bientôt les nominations arrivèrent à l'armée. Il est plus facile d'exciter les masses populaires que de les retenir; on s'en aperçut à l'opposition que la société montagnarde de Bayonne apporta à la reconnaissance des nouveaux généraux. Muller était fort perplexe. Il devait obéissance au ministre de la guerre, et pourtant il était dangereux de résister aux représentants qui venaient, par leur arrêté du 2£i octobre, de maintenir les nominations faites par eux et de suspendre celles du Conseil exécutif.

Il finit par opter pour ces derniers; mais il n'était pas au bout de ses tribulations et le conflit allait renaître sur la question du commandement en chef. Les représentants, désireux de rester les maîtres jusqu'au bout, avaient appelé à leur aide leurs collègues des déparlements voisins. Le 30 octobre, Cavaignac, Dartigoyte, Garrau, Monestier et Pinet aîné, réunis en congrès, décidèrent que « Dumas, nommé général en chef par la Convention,' n'ayant pas tes connaissances locales nécessaires, pourrait, s'il le désirait, servir comme divisionnaire, mais que Muller conserverait provisoirement le commandement ».

Cette situation anormale se prolongea pendant plusieurs mois, et nous ne croyons pas qu'il soit possible de rêver un spectacle plus extraordinaire que celui qu'of-

fraient à ce moment Jes deux armées des Pyrénées. Du soldat jusqu'au général, la confusion était partout et l'anarchie était provoquée par ceus-ià mêmes qui avaient la mission de faire respecter la loi. Quelle source d'hésitations pour les généraux! et chez les représentants, quel abus de pouvoir! Pour vaincre dans de pareilles conditions, il a fallu vraiment que l'étranger fût bien aveugle et que Dieu protégeât la France1.

C'est surtout à partir du mois de juillet que le Comité de salut public applique aux généraux la politique de suspicion et de rigueur qui doit être la loi de

1. Nous n'avons pas consacré un chapitre spécial à l'armée des Alpes, parce que sa participation au siège de Lyon avait singulièrement rétréci sa sphère d'action à l'extérieur. Elle courut un moment un grand danger. Dans le milieu du mois d'août, les Piémontais s'étaient décidés à marcher au secours des Lyonnais et leur plan de campagne était si naturel et si simple, que son succès ne semblait pas douteux. Ce fut précisément le contraire qui arriva. La division du Mont-Cenis n'avait qu'à suivre, à travers les vallées de la Maurienne, le cours de la rivière de l'Arc, jusqu'à son confluent avec l'Isère, et à attendre, sur ce point, l'armée du duc de Montferrat, refoulant devant elle les trounns républicaine;, ciiassties du camp de Saint- Maurice, au pied du montSaint-Bernard,Mais]eduC3*arrèla à moitié chemin, dans la vallée de La Roche-Cevins, et dépensa un temps précieux en escarmouches inutiles. Pendant qu'il s'attardait iiinsi, Kellermann et son lieutenant Gouvioo Saint-Cyr gagnaient, de proche en proche, toutes les crêtes dominantes; quand les Piémontais s'aperçurent du danger de leur position, il n'y avait plus qu'à battre en retraite. Cet échec, dans la Tarentaise, entraînait comme conséquence l'évacuation de la Haurienne. Kellermann n'en fut pas moins arrêté, comme suspect, et resta en prison jusqu'à la chute de Robespierre.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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