‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 156 sur 308 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

au général en chef, parce que c'était un ci-devant et un traître.

Il était impossible de fermer les yeux plus longtemps, et Westermann donna l'ordre de le conduire devant l'accusateur public à Niort. Rossignol s'adressa alors à Biron, pour réclamer sa mise en liberté. Le général n'avait rien fait pour venger une injure personnelle ; il ne voulut pas davantage arrêter le cours de la justice. La Commission de Tours n'eut pas les mêmes scrupules. A la première nouvelle de l'arrestation, Choudieu, Richard, Ruelle et Tallien se réunissent et ordonnent de surseoir à toute poursuite et même à toute instruction jusqu'à décision contraire de la Convention. Cette dernière n'y mit pas plus de formes. Rossignol était un patriote connu, un véritable républicain. Pourquoi aurait-on exigé des témoignages et des preuves? Son chef, au contraire, était un ex-noble, un ex-conspirateur, comme disait Thuriot; il fallait examiner sa conduite incivique. Dans la séance du 10 juillet, la Convention décrète que Rossignol sera rétabli dans ses fonctions et renvoie l'examen de l'affaire au Comité desaïut public. Iîouchotte ajoute, le 11, en envoyant le décret à Biron : « Cette justice rendue à un patriote pur jette un grand blâmesur la conduite qui a été tenue en cette occasion. »

Cependant le Comité de salut public était fort embarrassé pour prendre une mesure de rigueur contre un général auquel il prodiguait, quelques jours auparavant, les plus grands éloges. Jean-Bon-Saint-André se fit, à la séance du 11 juillet, l'interprète de ces hésitations : « Il n'y a pas, disait-il, d'accusation positive contre

Biron ; mais on lui reproche de n'avoir pas développé toute l'activité nécessaire.. . Gasparin, pendant sa mission, a appris que ses fréquentes incommodités le rendaient peu propre aux fonctions importantes donton l'a chargé... Puisque Biron reconnaît lui-même son insuffisance, le Comité propose de décréter son rappel et son remplacement immédiat1. »

Iîonsin et Parein se chargèrent de fournir les griefs dont on avait besoin. Depuis qu'ils avaient eu connaissance des plaintes portées contre leurs honteuses dilapidations, ils brûlaient du désir de se débarrasser d'unsurveillantsi incommode et ne négligeaient aucune occasion de le perdre. Pendant que l'un accusait Biron de ne rien faire à Niort, l'autre lui reprochait sa présence à Angers. Le premier voulait qu'on le destituât sans relard, dans la crainte de le voir suivre l'exemple de Dumouriez et de Wimpfen ; le second ajoutait qu'il fallait en outre le livrer auglaïve de la loi. Us ne s'entendaient que sur un point, l'inutilité des attaques partielles, et reprochaient au général, qui avait tenté tout le contraire, d'avoir voulu détruire en détail une armée assez forte pour exterminer les brigands en huit jours.

Biron avait les mains pleines de preuves pour sa jus-

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