‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 160 sur 308 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

Brunei avait succédé, le 26 mai, à Biron dans le commandement de l'armée d'Italie. Il était loin d'être sans talent et ses succès, contre les Sardes, lui avaient mérité les éloges du Comité de salut public. Quelques jours avant sa nomination, Collot d'Herbois s'était même étonné, à la tribune de la Convention, que l'on n'eût pas encore reconnu ses services par un poste important, et avait été de la sorte l'un des auteurs de son élévation.

. Malgré ces antécédents et bien qu'il ne fût jamais sorti de son rôle militaire, la position du nouveau général ne tarda pas à devenir difficile. L'armée d'Italie n'occupait qu'une faible partie du comté de Nice. Menacée par devant par les Piémonlais et par derrière par la flotte anglo-espagnole de la Méditerranée, elle était exposée, au moindre échec, à se voir rejetée de l'autre côté du Var. La retraite elle-même pouvait se trouver compromise par là scission de Marseille et de Toulon, après le 31 mai, et l'influence que leur exemple était de nature à exercer sur des troupes recrutées en grande majorité dans la Provence.

Brunet n'hésita pas et commença par demander une diversion aux hasards de la guerre^ Il voulait refouler les Pîémontais sur les hauteurs des Alpes; mais, après un engagement indécis, le 8 juin, et un échec définitif,

le 12, il dut rentrer dans ses cantonnements et se borner à les mettre, par des retranchements, à l'abri d'un coup de main.

Quant aux difficultés intérieures, son parti était non moins nettement arrêté. Fidèle à son passé, Brunei était résolu à ne pas se prononcer entre la Montagne et la Gironde, et comptait sur la mobilité des populations méridionales, pour faire tomber la résistance, le jour où elle apparaîtrait inutile. Cette conduite pleine de prudence, en le mettant en conflit avec les commissaires de la Convention, entraîna s'a perte.

Six représentants se trouvaient h ce moment dans le Midi. Quatre, Barras, Pierre Bayle, Beaûvais et Despinassy, étaient spécialement attachés à l'armée d'Italie ; les deux autres, Fréron et Roubaud, avaient reçu une mission spéciale, pour le recrutement, dans les département des Hautes et des Basses-Alpes. En prévision des troubles qui pouvaient, d'un moment à l'autre, couper les communications avec Paris, ces six commissaires s'étant trouvés réunis à Toulon prirent, à la date du h juin, un arrêté autorisant Fréron et Roubaud à se joindre provisoirement à l'armée d'Italie.

C'était une atteinte indirecte aux prérogatives de la Convention qui, seule, avait le droit d'étendre ou de modifier les attributions conférées par elle à ses membres. Brunet s'en émut et, avant de rendre publique la première dépêche où Fréron avait agi de concert avec Barras, il crut devoir écrire à ce dernier que, d'après l'opinion générale de l'armée , son collègue n'avait pas de pouvoirs auprès d'elle.

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