LIVRE XL VI
Pour dissiper ces scrupules, les quatre représentants dont l'autorité n'était pas contestée rendirent à Nice, le 26 juin, un nouvel arrêté qui, plus explicite que le premier, conférait à Fréron et à Roubaud lé droit de prendre et de signer toutes les mesures nécessaires au salut public. Cette fois, l'usurpation était flagrante, et Brunet renouvela ses protestations. Mais les événements avaient marché. Despinassy, compromis par ses relations avec Jes Girondins, avait dû se cacher; Roubaud était retourné à Paris ; Pierre Bayle et Beauvais venaient d'être arrêtés à Toulon ; et Barras, échappé à grand' peine avec Fréron à la poursuite des Toulonais, commençait à s'irriter de la résistance du général. Il lui adressa, le 20 juillet, une lettre qui n'admettait pas de réplique.
« Général, disait-il, je crois vous parler en républicain. Vous savez que deux représentants du peuple, sont absents, que deux autres viennent d'être arrêtés à.
Toulon Comment, dans le moment où les besoins
s'accumulent et où l'attentat le plus sacrilège du fédéralisme se commet presque sous vos yeux, pouvez-vous, vous, général de la République une et indivisible, contester à un membre de la Convention le droit et les pouvoirs de s'occuper du soulagement de l'armée, de la sûreté de nos frontières et -du salut de l'État? Par l'absence effective de trois de mes collègues, je réunis à moi seul tous les pouvoirs qui leur étaient délégués. Fréron a déjà été adjoint par un arrêté saisi à Toulon ; je l'associe à mes travaux et assume toute la responsabilité, certain d'être avoué hautement parla Convention nationale. » Malgré leur ton d'assurance, les représentants
n'avaient qu'une médiocre confiance dans la légitimité de leurs pouvoirs et ils s'empressèrent d'annoncer au général, quelques jours plus tard, que la Convention envoyait à .l'armée d'Italie Robespierre jeune et Ricord. Mais on ne les vit point paraître. La route était coupée à Avignon, et ils s'y attardèrent jusqu'à la prise de Marseille.
Brunei cependant ne voulut pas paralyser le service et finit par céder, tout en réservant sa liberté d'action pour le jour où la gravité des intérêts engagés justifierait une résistance ouverle. Celle occasion ne se fit pas attendre.
Quand Carleaux eut franchi la Durance, Barras et Fréron, qui jusqu'alors avaient usé de temporisations, requirent le général en chef, « au nom du salut public, au nom de la loi et de la 'souveraineté du peuple, » de faire marcher sur Aix cinq bataillons avec l'artillerie et les dragons nécessaires. Dans des circonstances analogues, Kellermann, pour couvrir sa responsabilité, avait exigé un décret de la Convention, avant de marcher sur Lyon1. En présence de l'incompétence de jour en jour plus manifeste des représentants, Brunei se retrancha derrière les raisons de lég-alité qu'il avait déjà fail valoir.
D'un côté, il informe le Comité de salut public qu'il suspend l'exécution de la réquisition, parce qu'elle exposerait l'armée à être refoulée en France ou à se voir renfermée dans le comté de Nice. De l'autre, il accourt près de Barras; il lui représente qu'aux termes de la loi