LIVRE XLVI
du 30 avril 1793 il ne peut délibérer seul; que vainement il excipe de l'adjonction de son collègue Fréron; que, depuis sa nomination, estintervenue la loi des 15 et 19 juillet, dont l'article 3 interdit aux représentants en mission de déléguer leurs pouvoirs; qu'on sait enfin que la Convention a nommé des commissaires près l'armée d'Italie. Il n'y avait rien à répondre à une argumentation si péremptoire. Barras se laisse convaincre et signe sa démission provisoire jusqu'à l'arrivée de Robespierre.
Cette abdication contrariait singulièrement les appétits des volontaires que les représentants avaient réunis, pour marcher au pillage de Marseille. Brunei avait à peine quitté Nice que le bataillon du Beausset essaie de se mutiner. Fréron, plus emporté que son collègue, profite de l'incident et reproche à Barras son inconcevable faiblesse. Par ses soins, la société républicaine de Nice se- réunit et,, invoquant « le salut du peuple comme la suprême loi », invite les représentants à rentrer en fonctions et à suspendre le général. Barras, toujours irrésolu, cède à la pression de la foule, comme ■il avait cédé à celle de Brunei. Il retire sa renonciation, et les deux représentants adressent au commandant du -camp de Biot, l'un des deux rassemblements de l'armée d'Italie, la réquisition directe de se replier sur Nice.
Malgré son étonnement, Brunei voulut encore tenter un dernier essai de conciliation. U rappelle aux représentants la conversation qu'il a eue avec eux, la veille, et les promesses qui lui ont été faites. C'est la nécessité des opérations militaires et le soin de sa responsabilité
personnelle qui motivent sa résistance; mais il n'oubliera jamais le caractère sacré dont ils sont revêtus et il continuera, comme par le passé, à leur fournir une garde d'honneur et des escortes.
Soutenu par Fréron, Barras cette fois reste inébranlable. La rupture était complète, et Brunei n'avait plus qu'à demander justice à la Convention. En attendant, il enjoint, le 8 août, au commandant du camp de Biot de retourner à son poste, et au commandant de la place de Nice de signifier à Barras ainsi qu'à Fréron les décrets qui suspendent leurs pouvoirs. Le même jour, il les prévient lui-même que, s'ils persistent, il sera obligé de les dénoncer comme rebelles aux lois. Le lendemain, il met à l'ordre de l'armée que les seuls commissaires accrédités près d'elle sont les représentants Barras, Robespierre jeune, Beau vais et Bayle, et que l'obéissance n'est due qu'aux réquisitions signées par deux d'entre eux.
Brunei, à cette date, se trouvait sans commandement. Dès la veille, Barras et Fréron avaient tranché eux-mêmes la question de compétence et lancé contre lui un arrêté de suspension ; mais l'opinion s'était si manifestement prononcée contre eux, qu'ils jugèrent prudent d'annoncer, dans leur proclamation à l'armée, qu'ils avaient agi d'après les ordres de leurs collègues, Robespierre et Ricord, rendant par ce subterfuge un dernier hommage au respect de leur victime pour la légalité.
Entre un général suspect de modérantisme et deux montagnards soutenus par la tourbe jacobine, le Comité