LIVRE XLYl
de salut public ne pouvait pas hésiter. Déjà, dans les premiers jours d'août, il avait reçu des mains d'un affidé de Fréroh une dénonciation furibonde. A cette, seconde accusation, il répond en ordonnant au ministre de la guerre de remplacer Brunei et de le faire transférer à Paris.
Il était difficile de poursuivre un général coupable d'avoir résisté, la loi à la main ; maïs il restait la ressource du crime de haute trahison. Brunei, dans sa correspondance, n'avait pas cessé de prêcher la modération ; il avait soutenu qu'une rigueur intempestive pourrait jeter Marseille et Toulon dans les bras des Anglais; il avait même correspondu, de l'aveu toutefois des représentants, avec les autorités de ces deux villes pour assurer les subsistances de l'armée. La défection annoncée s'était produite. N'élait-il pas supposable que celui qui l'avait si bien prédite devait l'avoir connue, peut-être même l'avoir favorisée? La Convention déclara que le crime était évident et renvoya Brunei devant le Tribunal révolutionnaire, sous l'accusation d'avoir été, avec Trogoff, l'âme de la trahison de Toulon. La condamnation ne se fit pas attendre, et l'infortuné général monta sur l'échafaud, le 1&, novembre 1793, la veille du supplice d'Houchard, coupable comme lui d'avoir trop bien servi son pays1 .
1. Nous avons réuni à la fin de ce volume toutes les pièce3 de cet incident fort peu connu jusqu'ici.
La figure de Beysser paraîtra sans doute bien pâle à côté de Custine et de Biron. Cependant elle est nécessaire pour compléter le tableau, car c'est celle d'un officier de fortune qui servit successivement tous les partis et qui, victime de ses propres intrigues, périt précisément parce qu'il avait accepté une mission de police indigne d'un général.
Beysser avait débuté, à Page de seize ans, comme simple soldat dans les dragons du régiment de Lorraine. Douze années plus lard, il était chirurgien-major, avec rang de capitaine, dans un régiment suisse au service de la Hollande. A partir de celle date, sa vie se passe aux colonies. On le trouve en 1783 au cap de Bonne-lîspérance et, de 1781 à 1788, à l'île de France ou dans l'Inde. Rentré en Europe en 1788, il était relourné à son régiment en Bretagne, au commencement de juillet 1789, quand éclatèrent les premiers troubles de celle province. Élu à cette occasion major et bientôt après lieutenant-colonel des dragons nationaux de Lorient, Beysser prit part à toutes les affaires et échangea, en 1791, ce dernier grade contre une commission de capitaine de gendarmerie dans le Morbihan. 11 appartenait désormais à l'armée régulière et avança rapidement, grâce à la protection des représentants Billaud-Varennes et Sevestre qui l'avaient vu à l'œuvre, en mars et avril 1793, lors de la répression de l'insurrection sur les