‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 174 sur 308 · L'ORGANISATION DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION DE LA TERREUR

Une véritable anarchie de quelques mois annonce le règne prochain de la Terreur. Fondé sur la violence, le gouvernement issu du coup d'État du 2 juin ne pouvait vivre que par elle. La Convention, mutilée, réduite à de vaines agitations, divisée contre elle-même, n'était plus capable d'opposer une résistance efficace, et les Montagnards, obligés pour triompher d'accepter le concours des démagogues exaltés, devaient au lendemain de la victoire se trouver en présence des exigences de leurs complices. En réalité, la lutte n'est que déplacée par la chute de la Gironde et les hostilités vont continuer, aux dépens de la justice et de la modération, entre les influences rivales qui se disputent le pouvoir, — les Jacobins, où dominent les politiques de la Montagne, et les Cordeliers, qui obéissent à la Commune, à Hébert et à ses adeptes.

Véritables pionniers de la Révolution, les Corde-

liers avaient toujours dépassé les Jacobins en audace et trouvaient la victoire du 2 juin trop clémente. Leurs plaintes furent portées à la Convention par Jacques Roux1, prêtre apostat et sans-culotte fougueux, qui appartenait, avec Leclerc et Varlet, à la fraction du club dont les membres s'étaient décerné à eux-mêmes le titre d'Enragés. Le 25 juin, il se présente à la barre, au nom d'une députatîon de cette fameuse section des Gravilliers, qui avait offert, le 31 mai, trente mille bras armés pour défendre les Jacobins.

Dans son discours, virulente diatribe contre la nouvelle Constitution et ses auteurs, il reprocbe aux mandataires du peuple de n'avoir rien fait pour diminuer les calamités dont il souffre.

« Vous qui habitez laMontagne, dignes sans-culottes, s'écrie— t-il, resterez-vous toujours immobiles sur le sommet de ce rocher immortel ? Prenez-y garde, les amis de l'égalité ne seront pas les dupes des' charlatans qui veulent les assiéger par la famine, de ces vils accapareurs dont les magasins sont des repaires de filous. . . Le peuple veut la liberté ou la mort. . . Le but des agioteurs est de le jeter dans les bras du despotisme. Jusqu'à quand souffrirez- vous queces riches égoïstes boivent encore dans des coupes dorées le sang le plus pur du peuple?. . . II ne faut pas craindre d'encourir la haine des riches, c'est-à-dire des méchants, il faut tout sacrifier au bonheur du peuple... Sans doute, il est des maux inséparables des grandes révolutions, et notre io-

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