LIVRE XLVII
tention est de faire tous les sacrifices nécessaires au maintien de la liberté ; mais le peuple se ressouvient qu'il a déjà été trahi deux fois par dèux législateurs. Il est temps que les sans-culottes qui ont brisé le sceptre des tyrans, terrassent toute espèce de tyrannie... Députés de la Montagne, fondez les bases de la prospérité de la République, ne terminez pas votre carrière avec ignominie! »
Cette harangue passionnée, où les accapareurs et les agioteurs, sont dénoncés à la fureur populaire, excite un tumulte d'autant plus violent que Jacques Roux est accusé, par un des membres de la députation, d'avoir inexactement rapporté la pétition à laquelle la section des Gravilliers a donné son adhésion. On réclame l'arrestation immédiate de l'orateur; mais, sur l'observation de plusieurs députés, qui veulent respecter en sa personne le droit de pétition, on lui laisse la parole. II en profite pour vociférer ces menaces, en manière de conclusion :
« Les sans-culottes opprimés des départements vont arriver; nous leur montrerons ces piques qui ont renversé la Bastille; ces piques qui ont dissipé la faction des hommes d'État; ces piques qui ont détruit la putréfaction de la Commission des Douze ; alors nous les accompagnerons dans le sanctuaire des lois, et nous leur montrerons le côté qui voulut sauver le tyran, et celui qui prononça sa mort. »
Thuriot bondit sous l'insulte et, à son tour, accuse Roux d'être un agent de Cobourg et de vouloir déshonorer Paris. Il lui reproche son caractère de prêtre, et
HISTOIRE DE L A TERBEUK.
le compare aux fanatiques de la Vendée. « Vil orateur de l'anarchie, s'écrie-t-il , dis donc aussi au peuple qu'il faul que le fils égorge son père, et que la mère plonge un poignard dans le sein de sa fille ! »
Robespierre et Billaud-Varennes joignent leurs protestations à celle de Thuriot. « Je demande que cet homme soit chassé, ajoute Legendre; il y a des patriotes dans sa section, ils en feront eux-mêmes justice. » Cette proposition est adoptée et Jacques Roux est obligé de se retirer.
Mais il ne se tînt pas pour battu. Le surlendemain, il se rendait au club des Cordeliers, où il se plaignit amèrement qu'on lui eût « fait boire à longs traits le calice d'amertume ». Il dénonçait particulièrement Legendre, qui avait provoqué son expulsion. La société approuva à l'unanimité la démarche de Roux, adopiases principes et déclara, aux applaudissements des femmes révolutionnaires, que la pétition lue le 25 juin serait imprimée et distribuée. Il était impossible de protester plus audacieusement contre les actes de l'Assemblée. Leclerc trouva pourtant le moyen de s'élever contre Danton, qu'il accusait de modérantisme , et contre Legendre dont il demandait, par représailles, l'exclusion ■de la société. Mais cette motion parut exagérée et Ton se borna à décider que ce dernier serait invité à venir rendre compte de sa conduite.
Entre cesdeux dates, des rassemblements tumultueux s'étaient formés, dans Paris, a l'occasion de l'arrivée, au port Saint-Nicolas et à la Grenouillère, de bateaux chargés de savon. La foule réclamait la livraison de
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