LIVRE XLVII. 3fo
gardaient dans leurs greniers de quoi assurer l'existence de leur famille; il fallait aller plus loin dans la voie de l'arbitraire et condamner toute une classe de citoyens au travail forcé. Par un décret rendu dans la séance du 16 septembre, les municipalités furent chargées de pourvoir à la culture des terres laissées en friche, à un titre quelconque, ou 'dont la réquisition avait dispersé les colons. Le labeur devait être réparti sous forme de prestation en nature; la résistance des journaliers ou manœuvres requis de se louer aux laboureurs était punie de trois jours de prison, pour la première fois, et de trois mois en cas de récidive; les coalitions entraînaient la peine des fers pour deux ans; le refus d'animaux, d'instruments aratoires exposait à une amende. En cas d'insuffisance du produit de l'exploitation pour payer les dépenses, le déficit restait à la charge de la nation
Au moment où l'on usait d'arbitraire pour mettre les terres en valeur , on prétendait, par une singulière contradiction, arrêter l'essor des capitaux. Le .8 octobre, Delaunay (d'Angers), après un verbeux rapport hérissé d'erreurs historiques, proposa à la Convention la suppression de la Compagnie des Indes, la confiscation de toutes ses propriétés et, par surcroît, l'abolition de toutes compagnies 6nancières, quelle que fût leur dénomination,
« Détruisez dès à présent, s' écriait-il, ces agrégations de richesses qui se consomment dans une activité
1, Moniteur du 22 septembre 1793.
stérile; ordonnez à ces capitaux amoncelés de se diviser, et Us iront se verser sur vos champs, pour les fertiliser, et dans vos ateliers, pour les vivifier; ils iront créer des armes et du pain, les deux seuls besoins d'un peuple libre. » Fabre d'Églantiue appuya les propositions de son collègue, et après une courte discussion de détail entre Cambon et Robespierre, au sujet de la vente des marchandises de la Compagnie, le projet présenté par Delaunay fut adopté avec ses divers amendements l.
La Convention disposait de la sorte de la fortune publique sous toutes ses formes et prétendait régir l'agriculture, le commerce et l'industrie, comme elle avait essayé de décréter la victoire. Le premier effet de ces erreurs économiques avait été la disparition du peu d'argent monnayé qui restaitencore dans la circulation; le second fut l'arrêt de -toute industrie et de tout commerce. Producteurs et marchands préféraient un chômage absolu a la perte certaine que devait entraîner pour eux la vente d'objets livrés à vil prix. Bientôt, il n'y eut plus de proportions entre l'offre et la demande et, sous l'empire de la dépréciation croissante des assignats, les denrées de première nécessité atteignirent des prix exorbitants. Dans ce désastre universel, l'agriculture seule survécut, sous l'empire de la nécessité, et au prix des plus grands sacrifices.
Mais qu'importait aux hommes de parti qui tenaient dans; leurs mains les destinées de la France? Ils n'avaient