‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 183 sur 308 · LIVRE XLVU · texte numérisé non relu

LIVRE XLVU

d'autre objectif que de caresser la faction dont ils dépendaient et d'obtenir, par ces flatteries intéressées, qu'une tranquillité relative régnât dans Paris, où le gouvernement vivait sous la menace perpétuelle de Fémeut3. Tel était leur unique but; et, pourvu qu'il fût atteint, ils ne se préoccupaient nullement du reste de la France.

II faut néanmoins le constater, ces concessions serviles manquaient leur effet; c'est en vain qu'on jetait, dans le gouffre parisien, une avance de cent dix millions pour les subsistances ; ce n'était pas encore assez, au dire d'Hébert, qui se plaignait que l'on affamât la capitale1. Le peuple, querien n'assouvissait, voulait rejetersur d'aulres les épouvantes qui l'assiégeaient. 11 avait commencé par dépouiller l'Église, par poursuivre la noblesse et renverser le trône ; maintenant que l'aristocratie et les privilèges étaient abattus, il s'en prenait à tous ceux qui possédaient, financiers, industriels ou commerçants. La terreur engendrant la misère, et la misère engendrant la terreur, nul à ses yeux n'avait plus le droit de détenir ce dont il était privé, sans être suspect d'accaparement, sans . mériter la mort. Les revendications brutales se produisaient au grand jour et un orateur disait publiquement aux Jacobins : « Si vous ne nous faites pas justice des riches, nous nous la ferons nousmêmes. »

i. Séance de» Jacobins du 26 août 1793.

La Convention tournait dans un cercle vicieux. En cherchant, par l'emploi des moyens révolutionnaires, à combattre la grève de l'argent, elle augmentait tout à la fois la crise monétaire et la dépréciation des assignats. Cette question du papier-monnaie était l'objet de ses constantes préoccupations, et les empiriques ne manquaient pas pour proposer leurs remèdes.

Dans la séance du 31 juillet1, Chabot prend la parole et déclare que le décret rendu contre les accapareurs a redoublé la fièvre de l'agiotage, que le but de la mesure n'est pas atteint, que le peuple est seul à souffrir du prix exorbitant des denrées.

« Les assignats à la face du tyran, dit-il, gagnent dix pour cent chez les messieurs de Lyon, de Bordeaux, de Marseille, de Paris. Je viens vous proposer de les punir, par où ils ont péché envers la République. Il faut décréter que les assignats royaux, de la valeur de 50 livres et au-dessus, ne seront reçus qu'en payement des biens nationaux. Au mois de janvier, tous les assignats royaux seront annulés. La mesure que je vous propose boniâe de moitié les assignats en circulation, sans aucune injustice, car entre les mains de qui sont ces assignats royaux? C'est dans les mains des aristocrates, des Autrichiens, et de tous ceux qui espèrent

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