LIVRE XLVII. m
le rétablissement de la royauté. L'échange se fait sans, injustice, puisque vous donnez des biens territoriaux en retour. Je sais bien que les agioteurs feront perdre sur ces assignats; mais le peuple n'en souffrira pas, parce que cette, perte sera compensée par la diminution du prix des denrées, qu'amènera nécessairement la diminution de la masse des assignats, en circulation. V Cambon combat la proposition de Chabot. « Il y a, dit-il, pour 1,700 millions environ d'assignats royaux en circulation, et tous ne sont pas dans les mains des aristocrates; il s'en trouve de 50 livres dans celles des artisans. D'ailleurs, on n'a pas d'assignats de la république à échanger contre les assignats royaux de 5 livres, de 15 sous et de 10 sous. 11 faudrait donc, pour éviter une obstruction .dangereuse, faire servir ces assignats au payement des & ou 5 millions de contributions arriérées. »
C'est aussi l'avis de Lecointe-Puyraveau. Il fait observer que la mesure proposée par Chabot est une prime offerte à l'agiotage, qu'elle frappe l'ouvrier et fe commerçant aussi bien que le riche- L'artisan, le cultivateur, qui auroDt travaillé pendant quatre ans pour faire un profit de 100 écus ou de 500 livres, ne pouvant acheter un bien national avec cette somme, se verront contraints, pour ne pas perdre leur assignat, à le vendre au riche. Le commerçant, qui ne pourra au con-! traire user de ses assignats que pour acheter des biens nationaux, fermera boutique; on aura ainsi ôté le pain des mains à une infinité de personnes.
Basire ajoute une dernière considération, fondée
sur l'imprudence d'annuler, sans discussion, pour 1,700 millions de valeurs. Il demande comme conséquence qu'aucune proposilion financière ne soit volée dans la séance où elle a été faite-
Mais Danton intervient à son tour dans le débat, pour repousser la question préalable réclamée par Bazire :
« — Il faut, dit-il, que les grosses fortunes payent la dette nationale. Frappez! Que vous importent les clameurs des aristocrates! Soyez comme la nature, qui voit la conservation des espèces, jamais celle des individus. Je ne me connais pas grandement en finances, mais je suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches frémissent de ce décret; et je sais que ce qui est funeste à ces gens est avantageux pour le peuple. Le renchérissement des denrées vient de la trop grande masse d'assignats eu circulation. Que l'éponge natiotionale épuise cette masse, l'équilibre se rétablira, »
De vifs applaudissements accueillent cette métaphore; l'Assemblée, toute prête à se payer de mots, comme l'orateur, n'eu demande pas davantage. Cependant Basire proteste : il fait observer que la démonétisation des assignats à empreinte royale n'est autre chose qu'une banqueroute partielle. « Ou a parlé, ajoute-t-il, de tomber sur les riches; je regarde celte proposition comme une simple déclamation, et je réponds que la base de la législation doit être la justice. L'anéantissement des assignats royaux, n'aura d'autre effet que de discréditer les autres. » L'orateur ajoute, au milieu des murmures de la Montagne : »< Je sens combien il est