LIVRE XLVI
défavorable de parler après Danton ; je me borne donc à demander l'ajournement. »
Garnier (de Saintes) et Bréard le remplacent à la tribune. Éclairés, par ce qui vient de se passer, sur les dispositions de l'Assemblée, ils reprennent la proposition de Chabot et la soutiennent, au nom des principes révolutionnaires, en disant qu'elle nuira seulement aux. Vendéens, qui n'acceptent que des assignats à face royale, et aux Anglais qui, sur le conseil de Pitt, en ont acheté pour 25 millions. Enfin, la Convention se rallie au projet de Cambon et adopte un décret ainsi conçu :
« Les assignats à face royale continueront à être reçus en payement des contributions, des biens nationaux) en acquisition des créances nationales provenant de la vente desdits biens, dans l'emprunt forcé, et en payement de tout ce qui est dû à la nation.
« Au fur et à mesure de leur rentrée, ils seront annulés et brûlés. »
Fonfrède veut présenter une observation; on ne l'écoute pas : Basire avait raison, la banqueroute partielle était décrétée, en attendant la banqueroute générale 1 .
1. It convient de faire observer ici que la responsabilité de l'effrayante banqueroute de l'an VI, dont 'On impute généralement la faute au Directoire, doit peser en réalité sur les montagnards. Elle fut amenée par la multiplication énorme des assignats et par tes décrefs ultérieurs et rétroactifs qui, en discréditant toulle système des finances, rendirent la catastrophe inévitable. Il est malheureusement DOtoire qu'en pareille matière, le vrai coupable, aux yeux du vulgaire, est celui qui constate en quelque sorte la ruine, et non pas celui qui l'a préparée.
Cette pensée de frapper les riches, qu'elle confondait dans sa. haine avec les aristocrates, apparaît à chaque pas dans les débats de la Convenfion, maïs elle n'éclate nulle part avec plus de clarté que dans la discussion de l'emprunt forcé.
La grande erreur de l'Assemblée était sa tendance à proclamer un principe, sans en calculer les conséquences, et, de même que l'impôt progressif, l'emprunt forcé naquit d'un incident. On était au 20 mai, au milieu de ces luttes ardentes qui allaient se terminer par l'arrestation des Girondins, quand Ramel vint, au nom du Comité des finances, proposer la répartition progressive d'une taxe de guerre sur les revenus supérieurs à 600 livres'. Ce projet souleva de nombreuses objections et Cambon émit pour le remplacer' une idée qui semblait plus simple.
« Je voudrais, dit-il, qu'imitant le département de l'Hérault1, la Convention ouvrît un emprunt civique
l. Moniteur du 21 mai 1733.
% L'incident- rappelé par Cambon s'était produit à la séance du 27 avril 1793.
Les administrateurs du département de l'Hérault, en annonçant le départ de cinq mille réquisitionnai res pour l'armée des Pyrénées i avaient ajouté que ce contingent, à la 'différence des levées précédentes, était formé presque en entier de remplaçants achetés à prix d'argent. Ils en concluaient que le prochain appel éprouverait des difficultés, et que les pauvres seraient en droit de répondre qu'ils