LIVRE XLVII
d'un milliard qui serait rempli par les égoïstes et les indifférents. Les assignats nous font une guerre désastreuse. Cet emprunt les fera rentrer et attachera tous les citoyens à la République, puisqu'ils recevront en échange une reconnaissance admissible dans l'acquisition des biens d'émigrés... N'oublions pas que nous avons dépensé pour la guerre 270 millions le mois dernier. »
En donnant son adhésion, Lanjuinais réclame en même temps contre la distinction qu'on veut établir entre les citoyens, et demande que les sans-cuîottes, aussi bien que Jes riches, contribuent à cet acte palriotique.
Murât veut, au contraire, que l'emprunt porte seulement sur les ennemis de la Révolution... « sur les généraux, mêmes dont l'incivisme est reconnu. »
Barbaroux proleste en vain contre la précipitation avec laquelle on examine des questions aussi importantes; quand il descend dé la tribune, là séance devient orageuse; de violentes rumeurs se font entendre, ainsi que les cris répétés de : A bas! À basj L'agitation continue, et Larivière demande qu'on lève la séance <i pour constater le défaut dé liberté. »
avaient supporté seuls le fardeau de la guerre. Pour obvier à cet. inconvénient, les administrateurs proposaient la création d'un Comité de salut public local chargé de désigner, par voie de réquisition directe, les soldats appelés a. partir et de lever, sur les riches, un emprunt forcé de cinq millions, destiné aux dépenses de l'armée et au soulagement des patriotes indigents.
Cette proposition avait été accueillie avec enthousiasme et insérée au procès-verbal, pour être envoyée aux départements. Il en est souvent question dans les motions révolutionnaires. ■
Moniteur du $8 avril 1793.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
— <l Oui, nous ne sommes pas libres ici », répètent plusieurs membres.
Au milieu de ce tumulte croissant, la voix aiguë de Marat se fait entendre : « L'opposition à l'emprunt forcé, dit-il, vient de ce que l'on n'a pas excepté les membres de l'Assemblée! »
Ces désordres étaient la conséquence de la politique de violences adoptée par la Montagne, depuis l'ouverture des débats sur la constitution, et n'avaient d'autre but que d'empêcher la Gironde de conduire son œuvre à terme. A partir de ce moment les débats s'égarent. Vergniaud, Robespierre et Basfre se renvoient mutuellement les accusations d'entraves à la liberté et d'excès de licence. De guerre lasse, on finit par confier au Comité de législation le soin de compléter le règlement de la police intérieure de la salle.
A la suite de ces émotions, la discussion ne pouvait être ni sérieuse, tu approfondie, et les orateurs se succèdent en confondant tour à tour, avec la taxe dé guerre, l'impôt progressif ou l'emprunt forcé.
Dans ce désarroi général, Varnier essaie inutilement de démontrer qu'avant d'emprunter il est préférable de Vendre, et qu'il reste deux milliards de biens nationaux. C'était précisément cette question de la réalisation des biens confisqués qui préoccupait les révolutionnaires, et après des répliques de Mathieu, de Thuriot et de Cambon, la Convention décrète qu'il y aura un emprunt forcé d'un milliard sur les riches, et que les reconnaissances seront admises en payement des biens d'émigrés.