LIVRE XLVII
Est-il étonnant que, né ainsi dans une tempête, l'emprunt forcé ait grandi et vécu au milieu des orages?
Le 9 juin, une semaine à peine après le coup d'État qui avait transféré le pouvoir aux mains de la Montagne, la question était remise à l'ordre du jour. La Convention demandait au Comité des finances un rapport immédiat; mais s'il était facile de voter, il était moins aisé de répartir.
Frapperait-on le capital ou simplement le revenu? Que fallait-il entendre par ces mots : citoyens riches? Où commence le superflu? Où finit le nécessaire? Le Comité était fort embarrassé lui-même, et Réal vint répondre, en son nom, qu'il n'avait pas eu le temps de préparer un décret, mais qu'il proposerait sans doute d'exempter le capital, de réserver au contribuable la somme indispensable pour l'entretien de sa personne et de sa famille, et d'attribuer l'excédant au Trésor. Réal terminait en demandant à la Convention de trancher la question entre le capital et le revenu, et de définir la richesse. X.' Assemblée indécise se borna à renvoyer la discussion au mardi suivant et à faire déposer, à la tribune, les différents projets sur la matière1.
Quand le débat s'ouvrit, à la séance du 22, les idées s'étaient sensiblement modifiées. Les protestations contre le 2 juin affluaient de toutes parts ; on ne songeait plus, comme la première fois, à poursuivre le double but d'intéresser les riches à la révolution et de prévenir de nouvelles émissions d'assignats ; on cherchait