LIVRE XLVII
L'une des principales sollicitudes des gouvernements révolutionnaires, qui tremblent sur leurs bases au milieu des débris du passé, est de chercher à s'assurer la perpétuité et à préparer l'avenir. C'est par l'éducation et l'instruction de la jeunesse que la Révolution essaie de former des générations imprégnées de son esprit et de ses principes. Elle veut assujétir les âmes et les corrompre par un enseignement uniforme, sans Dieu, sans foi, sans religion, n'ayant pour base que cette morale naturelle, qui conduit si rapidement les hommes à l'indifférence et au matérialisme.
La Convention nationale montre une ardeur passionnée pour ce travail énorme de la transformation d'un pays monarchique ; malgré les orages qu'elle traverse, elle revient constamment sur cette question, que les sombres discussions et les violents épisodes des journées de lutle relèguent souvent au second plan.
Parmi les Comités créés au sein de l'Assemblée, il y en avait un, celui de l'instruction publique, dont un membre, Lakanal, s'était donné la mission spéciale de suivre l'évolution intellectuelle et d'aider au mouvement scientifique et littéraire que la Révolution prétendait jeter dans une voie nouvelle. Il se mêle rarement aux discussions politiques, mai» il ne manque jamais
d'apparaître à la tribuae, quand ii s'agit de développer des spéculations humanitaires, •
II y montait le 26 juin \ pour soumettre à la Convention un projet d'éducation nationale, dont voici les principales dispositions.
Cette éducation est à la fois intellectuelle, physique, morale et industrielle. C'est une institutrice qui enseigne d'abord la lecture et l'écriture. L'instituteur vient en- • suite apprendre aux élèves l'arithmétique « l'art de se servir des dictionnaires, la géométrie, la physique, la géographie, la morale et l'ordre social. »
Dix-sept articles sont consacrés à déterminer la méthode et le programme d'enseignement,, dont l'économie pédagogique est assez sommairement indiquée. En revanche, les rêveries sentimentales y tiennent une large place.
Ainsi les garçons sont astreints aux exercices militaires, que préside un officier de la garde nationale, désigné par le district; les écoliers doivent visiter, plusieurs fois pendant l'année, sous la conduite d'un magistrat du peuple, les prisons et les hôpitaux les plus voisins.
Ces mêmes jours, ils aident, dans leurs travaux domestiques ou champêtres, les pères et les mères de famille, que leurs infirmités ou leurs maladies empêchent de s'y livrer.
11 est ordonné de les conduire souvent dans les manufactures et les ateliers, où l'on prépare des marchan-