LIVRE XLTII
la liberté. Le plus affirmatif est Gaston, mais personne n'égale l'énergie de Bréard. Après avoir démoatré, comme Grégoire, ce que le système des maisons nationales, destinées à remplacer la famille, a d'impraticabîé et d'injuste, il résume sou opinion par ces paroles significatives : « Je vois moins de danger à laisser les enfants entre les mains d'un père patriote qu'entre celles d'un instituteur corrompu. »
Danton essaie de tout concilier. « St l'amour paternel, dit-il, s'oppose au plan de Lepelletier, il faut respecter la nature même dans ses écarts. Mais si nous ne décrétons pas l'éducation impérative, nous ne devons pas priver les enfants du pauvre de ce bienfait... après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple... Peu importe le prix de la semence... Décidez qu'il sera formé, aux dépens de la nation, des établissements où chaque citoyen aura la faculté d'envoyer ses enfants, pour recevoir l'instruction publique. »
« — Ces établissements sont inutiles, réplique Guyomard. Le lien le plus sûr des Républiques est l'attachement des enfants pour leur père. »
Robespierre reste seul sur la brèche; mais sa confiance n'en est pas ébranlée. Dévoilant avec cynisme la pensée secrète de la Révolution, il s'écrie : « Le but du projet est de saisir les enfants, au moment où ils reçoivent les imp'ressions décisives, pour préparer des hommes dignes de la République... Jusqu'ici, je n'ai entendu plaider que la cause des préjugés contre les vertus républicaines. Je vois d'un côté la classe des riches qui repousse cette loi, et de l'autre le .peuple
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qui la demande. Je n'hésite plus , eile doit être adoptée. »
Du moment où la Convention n'acclamait pas son idole, la cause était perdue. Danton veut au moins sauver une épave; il remonte à la tribune et réclame l'institution de quelques-unes de ces maisons nationales, qui doivent donner l'enseignement uniforme, si cher à la démagogie. De sa vois ardente, il s'écrie : « C'est au siècle de Louis XIV que nous devons la vraie philosophie-, c'est aux Jésuites que nous sommes redevables de ces élans sublimes qui font naître l'admiration. Allons donc à l'instruction commune, car tout est restreint dans l'éducation domestique; mais ne contraignez pas les pères de famille. » Cette diversion produit son effet, et la Convention décrète qu'il y aura tout à la fois des établissements nationaux, où les enfants seront instruits, nourris et logés gratuitement, et des classes où les citoyens, qui voudront garder chez eux leurs enfants, pourront les envoyer s'instruire.
Grâce à cette transaction, la liberté avait remporté un triomphe de principe, victoire éphémère, du reste, que la loi organique de l'instruction publique allait bientôt changer en défaite. En demandant aux instituteurs, comme premier litre, la production du certificat de civisme approuvé par les comités révolutionnaires, et en imposant aux parents la déclaration du nom du maître qu'ils avaient choisi et l'obligation de l'assiduité de leurs enfants à l'école, la Convention retira en réalité d'une main la concession qu'elle avait faite de l'autre. Elle n'en avait pas moins reculé devant la