LIVRE XLVII
commandant général de Paris la somme de trois cent mille livres, destinée à subvenir aux dépenses qu'il jugera à propos de faire pour maintenir l'ordre, déjouer les complots et assurer le triomphe de la liberté. »
La fête s'ouvrit, aux premiers rayons du jour, par une sorte d'invocation à une statue colossale de la Nature, élevée sur la place de la Bastille, et se termina, au Champ de Mars, par d'autres hymnes.
L'ordonnateur de cette pompe, à la fois païenne et bucolique, était David. L'épisode antique de Cléobis et de Biton y figurait l'hommage rendu à l'agriculture. L'éloquence républicaine ajouta ses sonores déclamations à cette cérémonie, qui prétendait rappeler, dans toute leur simplicité et leur innocence, les premiers âges du genre humain , Le président de la Convention, Hérault-Séchelles, prononça successivement six discours, aux diverses stations que fit le cortège.
Jamais, depuis les beaux temps de la Grèce, on n'avait vu tant d'allégories et ,de simulacres mythologiques; par malheur, tout cela venait étrangement dans ces jours de sang et de misère. En signe de l'indivisibilité de la République, un ruban aux couleurs de la nation réunissait, en un seul faisceau, les piques des 87 commissaires des départements. Un immense bûcher avait été dressé sur la place de la. Révolution; Hérault-Séchelles lui-même y mit le feu, pour que le peuple pût acclamer le spectacle d'un gigantesque autoda-fé dévorant tous les insignes de la royauté, « livrées odieuses du despotisme ». Fuis l'acte constitutionnel fut solennellement déposé dans une arche, placée sur l'autel
de la patrie, avec le recensement des votes delà nation.
Il semblait que la Convention fût arrivée à sa dernière étape. Elle-même, dans un décret du 24 juin} avait promis de convoquer les assemblées primaires et de se dissoudre, une fois que la Constitution aurait été acceptée. C'était même sur la foi de cet engagement que beaucoup de villes, notamment Lyon, Nantes, Bordeaux, avaient souscrit à la Charte nouvelle. Il était donc nécessaire de paraître tout au moins disposé à tenir la parole donnée. Lacroix se chargea de ce soin et vint, dansla séance du il août au matin, déclarer que la mission de la Convention était terminée, puisque Louis Capet avait été jugé et puni, et que la Constitution avait été élaborée et acceptée par la nation . 1 1 proposait, en conséquence, afin de répondre aux accusations des fédéralistes, de prendre les mesures préparatoires à de nouvelles élections. La Convention se rangea à cet avis, et décréta sans discussion le recensement électoral *.
Mais le soir, au club des Jacobins, Robespierre prononça le célèbre manifeste, qui est le véritable point de départ du gouvernement terroriste.1
1 . Bucbez et M. Louis Blanc voient, dansla proposition de Lacroix sur le cantonnement et sur les circonscriptions électorales, un acte de défaillance de la Convention, une velléité de se dissoudre. Nous ne saurions partager cet avis; cette motion. équivalait, au contraire, à un ajournement indéfini, putsqu'aux termes de la constitution montagnarde, qui accordait dorénavant un député à chaque groupe de quarante mille âmes, il fallait procéder à un nouveau recensement de toute la population. Ce n'était, il est vrai, qu'un prétexte, car l'Assemblée possédait assez d'éléments statistiques sur chaque département et sur chaque district, pour que le comité de division, avec un peu de bon vouloir, s'acquittât du travail en quarante-huit heures.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France